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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

jeune Louis: Mathieu le lui promit; et, fidèle à sa parole, il réduisit les mécontens, soit par la force, soit
par sa prudence, à se soumettre au roi et à la régente sa mère. Quoique Louis n'eût encore que quinze ans,

il accompagnait, dans toutes les expéditions militaires, Montmorency, qui lui apprenait le métier de la

guerre, dans laquelle ce jeune prince devint un des plus expérimentés capitaines de l'Europe. L'histoire

nous apprend que Montmorency est le premier connétable de France qui ait été général d'armée: car,

auparavant la charge de connétable répondait à peu près à celle de grand-écuyer. Son courage, son crédit,

son habileté, illustrèrent beaucoup sa famille, et commencèrent à donner à la charge de connétable l'éclat

qu'elle a eu depuis.

Le chancelier Garin avait été d'abord chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, ensuite garde-des-sceaux,
puis évêque de Senlis, et enfin chancelier. Génie universel, d'une prudence et d'une fermeté sans

exemple; grand homme de guerre avant qu'il fût pourvu de l'épiscopat, il se trouva avec Philippe-Auguste

à Bouvines, où il fit les fonctions de maréchal de bataille, contribua beaucoup à la victoire par ses

conseils et par son courage, et dans laquelle il fit prisonnier le comte de Flandre; évêque digne des

premiers siècles, quand il cessa d'être homme de guerre. Ce fut lui qui éleva la dignité de chancelier au

plus haut degré d'honneur, et lui assura le rang au-dessus des pairs de France. Il commença le Trésor

des chartres
, et fit ordonner que les titres de la couronne ne seraient plus transportés à la suite des
rois, mais déposés en un lieu sûr. Il continua jusqu'à sa mort à aider de ses conseils la reine Blanche, et

conserva, sous sa régence, le crédit qu'il avait depuis quarante ans dans les principales affaires de l'état.

La France commença donc à respirer, après tant de desordres causés par les guerres civiles. La régente
n'oublia rien pour rétablir l'ordre et la tranquillité dans tout le royaume; elle continua ses soins pour

accommoder encore les différends de quelques seigneurs, qu'on n'avait pu terminer dans le parlement de

Compiègne.

Elle fit revenir à Paris les professeurs de l'université, qui s'étaient tous retirés de concert, à l'occasion
d'une querelle que quelques écoliers[1], à la suite d'une partie de débauche, avaient eue avec des habitans

du faubourg Saint-Marceau, et sur laquelle le roi n'avait pas donné à l'université la satisfaction qu'elle

avait demandée avec trop de hauteur et peu de raison.

[Note 1: Les écoliers n'étaient pas alors, comme aujourd'hui, des enfans à peine sortis de l'adolescence:
c'étaient tous des hommes faits, qui causaient souvent des désordres, et que l'université soutenait trop.]

On tint la main à l'exécution d'une ordonnance publiée quelque temps auparavant contre les Juifs, dont
les usures excessives ruinaient toute la France. On fit fortifier plusieurs places sur les frontières; et enfin

on renouvela les traités d'alliance avec l'empereur et le roi des Romains, pour maintenir la concorde entre

les vassaux des deux états, et empêcher qu'aucuns ne prissent des liaisons trop étroites avec l'Angleterre.

Les interdits étaient depuis long-temps fort en usage. Les papes les jetaient sur les royaumes entiers, et
les évêques, à leur exemple, dès qu'ils croyaient avoir reçu quelque tort ou du roi, ou de ses officiers, ou

de leurs diocésains, faisaient cesser partout le service divin, et fermer les églises, si on leur refusait

satisfaction. Cela fut regardé par la régente, et avec raison, comme un grand désordre. Milon, évêque de

Beauvais, et Maurice, archevêque de Rouen, en ayant usé ainsi, leur temporel fut saisi au nom du roi, et

ils furent obligés de lever l'interdit. Ce prince, tout saint qu'il était, tint toujours depuis pour maxime de

ne pas se livrer à un aveugle respect pour les ordres des ministres de l'église, qu'il savait être sujets aux

emportemens de la passion comme les autres hommes[1]. Il balançait toujours, dans les affaires de cette

nature, ce que la piété et la religion d'un côté, et ce que la justice de l'autre, demandaient de lui. Le sire de

Joinville, dans l'Histoire de ce saint roi, en rapporte un exemple, sans marquer précisément le temps où le

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