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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
[Note 1: Voltaire, dans son Essai sur l'Histoire générale.]
On a de la peine à concevoir comment cet auteur, avec autant d'esprit qu'il en a, marque si peu de jugement. Est-il possible qu'il ait la hardiesse de traiter saint Louis d'homme borné, dont le frère employait la simplicité à la réussite de ses ambitieux desseins? S'il avait consulté tous les historiens qui ont parlé de Louis, ils lui auraient dit qu'il était le plus grand prince qui eût porté la couronne de la monarchie française; ils lui auraient dit que c'était l'homme le plus religieux, le plus sage, le plus juste et le plus prudent de son royaume; ils lui auraient appris qu'il était l'homme de son temps le plus brave et le plus courageux sans témérité; ils lui auraient dit qu'il était craint, aimé et respecté par tous les potentats de l'Europe, qui le choisissaient pour arbitre dans leurs différends; ils lui auraient dit qu'excepté quelques guerres qu'il avait eu à soutenir dans le commencement de son règne, pour faire rentrer dans le devoir quelques vassaux indociles, il fit régner dans la France une solide paix, qui ne souffrit depuis aucune altération, et que les peuples, sous son gouvernement, ont joui de la plus grande félicité. Est-ce là le caractère d'un prince simple, qui se laisse gouverner par son frère?
Quand cet auteur demandera d'un ton ironique sur quel fondement nos historiens disent que saint Louis espérait convertir le roi de Tunis, on le renverra aux auteurs contemporains, guides toujours nécessaires aux modernes qui ne veulent point substituer à la vérité des traits brillans, frivoles et satiriques. Qu'il lise Guillaume de Nangis, historien dont on n'a point encore soupçonné la fidélité. Qu'il consulte Geoffroy de Beaulieu, confesseur de saint Louis, qui l'a accompagné dans sa dernière croisade, et qui l'a assisté à l'article de la mort. Il apprendra de ces écrivains, quelles étaient les vertus et les sentimens de ce grand roi.
Mais, pour parler dignement d'un si saint homme, il faut porter dans le coeur des sentimens nobles et relevés, conduits par la véritable religion, et ne pas être de la secte des matérialistes de notre siècle, qui, n'espérant aucune récompense des bonnes actions y et ne craignant aucune punition de leurs crimes, ne cherchent qu'à inspirer du mépris pour la religion, afin de se livrer à toutes leurs passions.
Pour revenir au conseil que notre saint roi tenait pour délibérer sur la résolution que l'on prendrait, les avis se trouvèrent partagés. Les uns voulaient qu'on allât a Ptolémaïs, ou Saint-Jean-d'Acre: c'était la seule place forte qui restait aux chrétiens dans la Palestine, et le soudan d'Egypte menaçait de venir l'assiéger. L'armée française, disait-on, y trouverait, avec toutes sortes de rafraîchissemens, les vieilles troupes des croisés orientaux, aguerris depuis long-temps, et d'autant plus braves qu'ils se voyaient réduits à la dernière extrémité. Les autres soutenaient qu'il fallait aller à la source du mal, aller droit en Egypte, tâcher de se rendre maîtres de Damiette. Le troisième avis était de marcher droit à Tunis, royaume mahométan, établi sur les côtes d'Afrique. Comme c'était l'avis du roi, il prévalut. Guillaume de Nangis et Geoffroy de Beaulieu nous apprennent les raisons qui avaient déterminé le saint roi à prendre ce parti.
Un roi de Tunis, nommé, selon quelques-uns, Muley-Mostança, selon quelques autres, Omar, entretenait un commerce d'amitié assez régulier avec le monarque français; il lui envoyait souvent des présens: il lui laissait enfin espérer qu'il embrasserait la religion chrétienne, s'il le pouvait, avec honneur et sans trop s'exposer. On ne peut assez exprimer la joie que ressentait Louis, au récit de ces pieuses dispositions. «Oh! si j'avais la consolation, s'écriait-il quelquefois, de me voir le parrain d'un roi mahométan!» Ce n'était point un de ces souhaits oisifs d'une spéculation stérile; il était sans cesse occupé des moyens de faciliter au Sarrasin l'exécution d'un dessein si louable. On le vit une fois, sous prétexte de visiter ses frontières, faire un voyage jusqu'à Narbonne, pour traiter de cette affaire avec des envoyés secrets du roi
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