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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
Aiguemortes, à cause du mauvais air, il alla s'établir à Saint-Gilles, où il tint une cour plénière avec cette magnificence qui lui était ordinaire dans les occasions d'éclat.
Les croisés cependant arrivaient en foule de tous côtés: bientôt Aiguemortes se trouva trop petite pour contenir une si grande multitude; les chefs se dispersèrent dans les villes et dans les bourgades des environs: il ne resta auprès des drapeaux que des soldats, et ceux qui n'avaient pas le moyen d'aller ailleurs. C'était un mélange singulier de toutes sortes de nations, Français, Provençaux, Catalans, populace effrénée qui était dans de continuelles disputes. On ne tarda pas à voir naître des querelles; on en vint aux mains: plus de cent hommes avaient été tués avant qu'on y pût mettre ordre. Tel fut l'acharnement des Français en une de ces mêlées, qu'après avoir mis en déroute, et Provençaux et Catalans, ils les poursuivirent jusque dans la mer, où ces malheureux s'étaient précipités pour gagner leurs vaisseaux à la nage. L'éloignement des commandans favorisait le tumulte. Louis, pour en arrêter les suites, se transporta lui-même sur les lieux, fit punir de mort les plus mutins, et le calme fut entièrement rétabli.
La haute idée qu'on avait de la sagesse, des lumières et de la probité du monarque, la grande considération que la cour de Rome avait pour lui, et plus encore la crainte de ses armes, lui procurèrent dans ce même temps une célèbre ambassade, qui le vint trouver à Saint-Gilles de la part de Michel Paléologue, empereur de Constantinople. Ce prince, depuis neuf ou dix ans, avait surpris cette capitale de l'empire de l'Orient, que les empereurs latins avaient possédée près de soixante et dix ans; et, en conséquence de cette conquête, l'empire qui avait été enlevé aux Grecs par Baudouin 1er, était retourné à ses anciens maîtres, du temps de Baudouin II. Le prince grec n'ignorait ni les grands préparatifs du roi de Sicile, ni ses liaisons étroites avec l'empereur détrôné. Pour conjurer l'orage, il imagina de proposer la réunion des deux Eglises grecque et latine. Il ne doutait point que la piété de Louis ne lui fît embrasser avec joie une si belle occasion de rendre un grand service à la religion. Il lui envoya, avec de magnifiques présens, des personnes distinguées, que les Grecs nomment apocrisiaires, ecclésiastiques attachés à la cour, pour rendre compte au souverain de tout ce qui regarde le clergé. Le roi les reçut à Saint-Gilles, où il faisait son séjour, et les traita splendidement. Ils étaient chargés d'une lettre, par laquelle Paléologue protestait: «Que l'Eglise grecque ne souhaitait rien avec plus d'ardeur, que de rentrer sous l'obéissance de Rome; qu'il en avait écrit au pape Clément IV, et, depuis sa mort, au collége des cardinaux; mais que, malgré tous ses soins, il n'avait pu obtenir aucune satisfaction; qu'il le priait de vouloir bien se rendre l'arbitre de ce grand différend; que tout ce qu'il ordonnerait serait fidèlement exécuté; qu'il réclamait sa protection au nom de Jésus-Christ, souverain juge des hommes, qui, au dernier jour, lui demanderait un compte rigoureux, s'il refusait de se prêter à une oeuvre si méritoire.»
Louis désirait ardemment l'extinction du schisme; mais il savait qu'il ne lui appartenait point de prononcer sur cette matière. Il répondit qu'il ne pouvait point accepter l'arbitrage qu'on lui déférait; que cependant il offrait tous ses bons offices auprès du Saint-Siége. Il écrivit en effet aux cardinaux qui gouvernaient pendant la vacance, et sollicita vivement la conclusion d'une affaire si importante. La réponse fut que le sacré collége était extrêmement édifié du zèle et de l'empressement du monarque, que cependant il le conjurait de ne point se laisser surprendre aux artifices des Grecs, moins disposés qu'il ne pensait à une réunion sincère; qu'il remettait toute cette négociation entre les mains du cardinal d'Albe, Raoul de Chevrières, légat de la croisade; qu'il ne prescrivait d'autres bornes à sa commission, que de se conformer au plan proposé par le feu pape. C'était un ordre à l'empereur, aux évêques, à tous les principaux membres de l'Eglise grecque, de reconnaître la primatie de Rome, et de signer tous les articles de foi contenus dans le mémoire que le pape Clément avait dressé. Les ambassadeurs promirent tout ce qu'on voulut, ce qui fit concevoir de grandes espérances; mais elles furent vaines. L'empereur n'avait
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