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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

[Note 2: C'est ainsi qu'on nommait alors ceux qui écrivaient les dépêches et les lettres des rois. C'étaient
ordinairement des ecclésiastiques, car ils étaient presque les seuls qui sussent lire et écrire.]

Le surplus de son testament contient un nombre prodigieux de donations aux monastères, aux
Hôtels-Dieu, aux maladreries, aux filles qui sont dans l'indigence, pour leur constituer une dot, aux

écoliers qui ne peuvent fournir aux frais de leurs études, aux orphelins, aux veuves, aux églises pour des

calices et des ornemens, à ses officiers pour récompense de leurs services, enfin à ses clercs, jusqu'à ce

qu'ils eussent obtenu quelque bénéfice. Tous ces legs devaient être acquittés, tant sur les meubles qui se

trouveraient au jour de son décès, que sur les revenus de son domaine. Le prince, successeur ne pouvait y

rien prétendre que tout ne fût payé.

Quelque temps auparavant, pour affermir la paix, non-seulement dans son royaume, mais encore dans les
pays voisins, ce prince avait fait prolonger pour cinq ans la trève dont il avait été médiateur entre le roi

d'Angleterre et le roi de Navarre; et il avait terminé, entre le comte de Luxembourg et le comte de Bar,

des différends pour lesquels on en était déjà venu à de grandes violences.

Trois ans ayant été employés à faire tous les préparatifs nécessaires pour cette seconde croisade, le roi se
trouva au commencement de l'année 1270, en état de prendre les dernières mesures pour son départ. Le

point le plus important qui restait à terminer, était la régence du royaume pendant son absence. La reine

n'était pas du voyage, et il semblait que cette dignité la regardait plus qu'aucun autre; mais, soit que le roi

ne la crût pas en état de prendre assez d'autorité, soit qu'elle n'eût pas assez d'expérience dans les affaires,

auxquelles il lui avait toujours donné peu de part, il ne jugea pas à propos de lui confier le gouvernement

de l'état. Il choisit pour cet emploi Matthieu, abbé de Saint-Denis, et Simon de Clermont, sire de Nesle,

l'un et l'autre d'une naissance distinguée, tous deux d'une probité reconnue et d'une sagesse consommée.

Le premier était de l'ancienne famille des comtes de Vendôme; le second de l'illustre maison de Clermont

en Beauvoisis, chevalier sans reproche, grand homme de guerre, d'une supériorité de génie et d'une

droiture à toute épreuve. Louis leurs substitua, en cas de mort, deux hommes célèbres par leur mérite,

Philippe, évêque d'Evreux, et Jean de Nesle, comte de Ponthieu, du chef de sa femme. Les nouveaux

régens furent revêtus de toute la puissance du roi, dont ils sont qualifiés les lieutenans. Il n'en excepta que

la nomination aux bénéfices dépendans de lui. Le religieux prince crut qu'un objet si important méritait

une attention particulière: il établit pour les conférer un conseil de conscience, composé de l'évêque de

Paris, du chancelier de Notre-Dame, et des supérieurs des Jacobins et des Cordeliers. Ce qu'il leur

recommanda surtout, fut de mettre toute leur application à donner à Dieu les ministres les plus dignes de

le servir, et à ne déposer les biens de l'Eglise qu'entre des mains qui en sussent faire un usage légitime.

Le roi ayant ainsi réglé les affaires les plus importantes de son royaume, alla, suivant la coutume, prendre
l'oriflamme à Saint-Denis, fit sa prière devant le tombeau des bienheureux martyrs, et reçut des mains du

légat le bourdon de pélerin. On le vit le lendemain, suivi des princes ses enfans, du comte d'Artois, et

d'un grand nombre de seigneurs, marchant nu-pieds, se rendre du Palais à Notre-Dame, où il implora le

secours du Ciel sur son entreprise. Il partit le même jour pour Vincennes, d'où, prenant congé de la reine,

non sans répandre beaucoup de larmes de part et d'autre, il se rendit d'abord à Melun, à Sens, à Auxerre,

à Veselay, ensuite à Cluny, où il passa les fêtes de Pâques, puis à Mâcon, à Lyon, à Beaucaire, enfin à

Aiguemortes, où était le rendez-vous général des croisés. Il n'y trouva point les vaisseaux que les Génois

s'étaient obligés de lui fournir pour le transport des troupes. On ignore si ce fut négligence ou perfidie de

leur part. Il est du moins certain que ce retardement fut cause de la perte de l'armée, qui par là se vit

exposée aux plus grandes chaleurs de la canicule. Ce fut sans doute un cruel exercice pour la patience du

saint roi: il le soutint avec un courage que la religion seule peut inspirer. Contraint de quitter

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