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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

le roi de France, et lui promit qu'au printemps prochain il l'irait joindre avec une belle armée.

Le comte étant de retour et assuré d'un tel appui, ne ménagea plus rien: il eut la hardiesse de publier une
déclaration, dans laquelle il se plaignait de n'avoir jamais pu obtenir justice ni du roi ni de la régente, sur

les justes requêtes qu'il avait présentées plusieurs fois. Après avoir exagéré l'injustice qu'on lui avait faite

par l'arrêt donné à Melun contre lui, la violence avec laquelle on lui avait enlevé le château de Bellesme

et les domaines qu'il possédait en Anjou, il protestait qu'il ne reconnaissait plus le roi pour son seigneur,

et qu'il prétendait n'être plus désormais son vassal. Cette déclaration fut présentée au roi, à Saumur, de la

part du comte, par un chevalier du temple. C'était porter l'audace et la félonie aussi loin qu'elles

pouvaient aller.

Sa témérité ne demeura pas impunie. Dès le mois de février le roi vint assiéger Angers, et le prit, après
quarante jours de siége. Il aurait pu pousser plus loin ses conquêtes, et même accabler le comte de

Bretagne; mais les seigneurs dont les troupes composaient une partie de son armée, qui n'aimaient pas

que le roi fît de si grands progrès, lui demandèrent après ce siége leur congé, qu'il ne put se dispenser de

leur accorder. Il retira le reste de ses troupes, et fut obligé de demeurer dans l'inaction jusqu'à l'année

suivante.

Mais, pendant cet intervalle, la régente ne fut pas oisive: elle regagna le comte de la Marche, et conclut
avec lui un nouveau traité à Clisson, par lequel le roi s'obligea de donner en mariage sa soeur Elisabeth

au fils aîné de ce comte. Elle traita avec Raimond, nouveau comte de Thouars. Ce seigneur fit hommage

au roi des terres qu'il tenait en Poitou et en Anjou, et s'engagea de soutenir la régence de la reine contre

ceux qui voudraient la lui disputer; et enfin, elle remit dans les intérêts du roi plusieurs seigneurs qui

promirent de le servir envers et contre tous. Elle leva des troupes, et mit le roi en état de s'opposer

vigoureusement au roi d'Angleterre, qui faisait des préparatifs pour passer en France.

Effectivement, ce prince étant parti de Portsmouth le dernier avril de l'an 1230, vint débarquer à St-Malo,
où il fut reçu avec de grands honneurs par le comte de Bretagne, qui, soutenant parfaitement sa nouvelle

qualité de vassal de la couronne d'Angleterre, lui ouvrit les portes de toutes ses places.

Louis n'eut pas plutôt appris ce débarquement, qu'ayant assemblé son armée, il se mit à la tête, vint se
poster à la vue de la ville d'Angers, où il demeura quelque temps, pour voir de quel côté le roi

d'Angleterre tournerait ses armes. Louis était alors dans la seizième année de son âge. La régente lui avait

donné, pour l'accompagner et l'instruire du métier de la guerre, le connétable Mathieu de Montmorency,

et plusieurs autres seigneurs qui lui étaient inviolablement attachés. Louis, voyant que les ennemis ne

faisaient aucun mouvement, s'avança jusqu'à quatre lieues de Nantes, et fit le siége d'Ancenis. Plusieurs

seigneurs de Bretagne, qui s'étaient fortifiés dans leurs châteaux à l'arrivée des Anglais, dont ils

haïssaient la domination, vinrent trouver le roi pour lui offrir leurs services et lui rendre hommage de

leurs terres[1].

[Note 1: Les actes en subsistent encore au trésor des chartres.]

Le roi, avant de recevoir ces hommages, avait tenu, comme on le voit par ces actes, une assemblée des
seigneurs et des prélats, où le comte de Bretagne, pour peine de sa félonie, avait été déclaré déchu de la

garde du comté de Bretagne, qu'il ne possédait qu'en qualité de tuteur de son fils et de sa fille Iolande,

auxquels le comté de Bretagne appartenait, du chef de leur mère.

Cependant Ancenis fut pris, et les Anglais ne firent aucun mouvement pour le secourir. Le roi s'avança
encore plus près de Nantes, et fit insulter les châteaux d'Oudun et de Chanteauceau, qu'il emporta aussi

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