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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

distingué par sa piété et sa science. Le pontife désapprouva hautement cette nomination. Il écrivit au
monarque une lettre pleine d'aigreur. Girard fut interdit de toutes ses fonctions, et menacé

d'excommunication s'il ne renonçait à son droit, ou si, pour le prouver, il ne se présentait en personne au

tribunal du pape. Girard ne fit ni l'un ni l'autre, sans doute par ordre du roi, qui avait pris la ferme

résolution d'empêcher de pareilles usurpations. La mort de Clément, arrivée sur ces entrefaites, laissa

l'affaire indécise: elle ne fut terminée que sous le pontificat de Grégoire X, son successeur, qui leva les

défenses, et fit jouir Girard de Rampillon de tous les fruits de sa nomination.

Pragmatique-Sanction.

C'est le sentiment de tous les historiens, que ce fut pendant l'intervalle de la mort de Clément IV, à
l'exaltation de Grégoire X, que saint Louis rendit cette fameuse ordonnance, si connue sous le nom de

Pragmatique-Sanction
.

Le célèbre père Daniel dit en parlant de saint Louis:[1] «Que jamais prince n'eut un plus sincère respect
pour les papes, pour les évêques, pour les religieux et généralement pour tous les gens d'église: mais nul

roi de France n'entreprit avec tant de fermeté que lui de borner la puissance ecclésiastique, qui était

depuis plusieurs siècles en possession d'empiéter sur la puissance royale, et sur les tribunaux de la

justique laïque. On a plusieurs de ses ordonnances sur ce sujet, et entre autres sa Pragmatique-Sanction.»

Nous devons dire à l'honneur de Rome moderne, qu'elle a reconnu l'énormité de la plupart de ces abus, et

qu'elle a consenti enfin à ce qu'ils fussent supprimés.

[Note 1: Daniel, Histoire de France, t. III, p. 359, édition de 1722.]

«C'est dans cette vue, dit Pasquier[1], que saint Louis, pour la tranquillité de l'église gallicane, pour
l'augmentation du culte divin, pour le salut des ames fidelles, pour mériter les graces et les secours du

Dieu tout-puissant, fit au mois de mars de l'année 1282, cette célèbre ordonnance qu'on a appelée

Pragmatique-Sanction, conçue en ces termes:

[Note 1: Laurière, Ordonnances de nos rois, t. I, p. 97 et 98.]

«Nous voulons, dit-il, et nous ordonnons que les prélats, les patrons et les collateurs ordinaires des
bénéfices, jouissent pleinement de leurs droits, sans que Rome y puisse donner aucune atteinte par ses

réserves, par ses graces expectatives, ou par ses mandats; que les églises cathédrales ou abbatiales aient

toute liberté de faire leurs élections, qui sortiront leur plein et entier effet; que le crime de simonie soit

banni de toute la France, comme une peste très-préjudiciable à la religion; que les promotions, collations,

provisions et dispositions des prélatures, dignités, bénéfices et offices ecclésiastiques, se fassent suivant

les règles établies par le droit commun, par les sacrés conciles, par les anciens pères; enfin que les

exactions de la cour romaine ne puissent plus se lever à l'avenir, si ce n'est pour des nécessités urgentes,

par notre permission expresse et du consentement de l'Eglise gallicane[1].»

[Note 1: Il y a dans le Trésor des Chartres une lettre de Pierre Collémédio, nonce du pape, où il dit
qu'ayant voulu connaître, par le commandement du pape, d'un différend qui était survenu entre l'évêque

de Beauvais, d'une part, la commune de Beauvais et le roi, de l'autre, ce prince lui en avait fait défense, et

l'acte qui fut signifié au nonce contient, entr'autres, ces paroles: Qu'il se donne bien de garde de

connoitre directement ou indirectement de ses régales, ou de faire enquête en quelque manière que ce

soit, de quelque autre chose qui concerne la juridiction temporelle
; de sorte qu'il est vrai de dire que
c'est lui qui a commencé à donner en France de justes bornes à l'autorité ecclésiastique, laquelle n'y en

avait point depuis deux ou trois siècles. (Inventaire des Chartres, tome I, Beauvais, u.° 3.) Ne de

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