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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
républiques, sur ses instances, nommèrent des plénipotentiaires; leurs differens intérêts furent soigneusement discutés; rien néanmoins ne fut conclu: tant la haine est opiniâtre, lorsqu'elle est née de la jalousie et de la cupidité! Louis gémit en secret d'une obstination que ni la gloire, ni la religion ne pouvaient vaincre; il n'en fut pas moins ardent à la poursuite de ses pieux desseins.
Il était question surtout de se procurer de l'argent pour les dépenses nécessaires. C'était un usage très-ancien dans ces guerres saintes de faire contribuer les ecclésiastiques; usage établi dès la naissance des croisades, non toutefois sans beaucoup de contradiction de la part du clergé. Ou voit plusieurs lettres des papes, qui lui reprochent avec amertume de refuser à Jésus-Christ ce qui n'est proprement que son patrimoine, tandis que les laïcs lui sacrifient avec joie et leurs biens et leur vie. Le pape Clément accorda pour quatre ans au monarque la dixième partie du revenu des ecclésiastiques, qui murmurèrent beaucoup, firent des assemblées, écrivirent au pontife, pour lui exposer la misère où le clergé était réduit par les sommes précédemment payées. On leur reprocha l'indécence de leurs plaintes, sous un roi qui prodiguait son sang et ses biens dans une guerre tant prêchée par les ministres de la religion.
Alors le sacerdoce et l'empire agissaient de concert; il n'y avait personne à qui recourir. Il fallut obéir, et donner à l'autorité ce qu'on refusait à la piété.
On imposa en même temps une taxe tant sur les bourgeois des villes, que sur les gens de la campagne; imposition qui n'excita ni plaintes, ni murmures. Elle fut faite avec un tel ordre, que personne ne se trouva surchargé: ceux à qui le travail et l'industrie fournissaient à peine la nourriture, n'y furent point compris, et l'on prit les mesures les plus sages pour éviter les injustices trop ordinaires dans les répartitions.
Le prince Philippe, l'aîné de la maison royale, eut cette année un fils à qui l'on donna le nom de son aïeul. Louis en conçut une grande joie, et n'eut plus de peine à mener avec lui ses autres enfans, puisqu'il se voyait un nouvel héritier à couvert des périls de la guerre.
Comme les malheurs de la Terre-Sainte allaient toujours en augmentant, il déclara qu'il partirait sans remise dans deux ans, afin que chacun pût donner ordre à ses affaires. Aussitôt il envoya le prieur des Chartreux au pape, pour lui donner avis de cette résolution, et lui demander le cardinal d'Albe pour légat de la croisade: ce qu'il obtint d'autant plus aisément, qu'il paraissait régner alors une grande intelligence entre les deux cours.
Cependant on ne fut pas long-temps sans s'apercevoir que la tendresse du pape n'existait que dans ses écrits.
Clément fit publier une loi qui attribuait aux seuls pontifes romains la nomination des bénéfices qui vaquaient en cour de Rome: loi qu'il étendit jusqu'aux bénéfices vacans par l'élection des prélats qui étaient sacrés ou même confirmés par les papes. C'était anéantir le droit de régale, privilége unique de nos rois. Louis, qui en prévit toutes les suites, forma le dessein d'y remédier efficacement: il ne tarda pas d'en trouver l'occasion.
Guillaume de Brosse, archevêque de Sens, étant dans un âge très-avancé, qui l'empêchait de remplir comme il l'aurait désiré les fonctions de son ministère, s'était démis de son archevêché. Pierre de Charny, grand archidiacre de cette église, fut élu en sa place. Celui-ci qui était camérier du pape, ne manqua pas d'aller se faire sacrer à Rome. Clément, de son côté, profita de la circonstance pour, conformément à la loi qu'il venait d'établir, disposer de l'archidiaconé dont Pierre de Charny était pourvu: mais le roi, toujours en garde contre l'usurpation, l'avait prévenu en y nommant Girard de Rampillon, ecclésiastique
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