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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

Ce fut lui, disent-ils, qui établit le premier les postes réglées, qui fit refleurir les sciences en Egypte, qui
rendit en quelque sorte à cette fameuse région la célébrité dont elle jouissait sous les Ptolémées.

Mais les Chrétiens, dont il fut le plus terrible fléau, nous le présentent sous d'autres couleurs. S'ils le
comparent à César pour les talens guerriers, ils le placent en même temps à côté des Néron pour la

cruauté. Nouvel Hérode, ajoutent-ils, pour n'avoir point de compétiteur au trône, il extermina toute la

famille royale du grand Saladin, qui, en mourant, avait laissé quatorze fils. On compte jusqu'à deux cent

quatre-vingts émirs ou Mamelucks, autrefois ses compagnons, qu'il fit massacrer sur le simple soupçon

qu'ils en voulaient à sa vie. Telle était la tyrannie de son gouvernement, qu'on n'osait ni se rendre visite,

ni se parler familièrement, ni se donner les plus légères marques d'amitié. On le voyait souvent courir

seul toute l'Asie sous un habit étranger, tandis que les courtisans le croyaient en Egypte, et se tenaient

dans une humble posture à la porte de son palais, pour avoir des nouvelles de sa santé. S'il arrivait qu'il

fût découvert, c'était un crime que de témoigner le reconnaître. Un malheureux l'ayant un jour rencontré,

descendit de cheval, et se prosterna, suivant la coutume, pour lui rendre son hommage, il le fit pendre

comme criminel de lèse-majesté. Un de ses premiers émirs sachant qu'il méditait un pélerinage au

tombeau de Mahomet, vint lui demander la permission de l'accompagner dans ce saint voyage. Il fut

arrêté, conduit sur la place, où il eut la langue coupée. Tel est, criait un héraut, le supplice que

mérite un téméraire qui ose sonder les secrets du soudan
.

Sévère censeur des perfidies d'autrui, il reprochait amèrement aux Chrétiens d'avoir dégénéré des vertus
de leurs ancêtres, ces hommes si fameux et si puissans, parce que l'honneur et la vérité étaient leurs plus

chères idoles. C'était précisément, remarque l'auteur que nous suivons, découvrir un fétu dans l'oeil de

son voisin, pendant qu'il portait une poutre dans le sien. Lui-même s'engageait, jurait, promettait avec

beaucoup de fermeté, bien résolu de ne tenir sa parole qu'autant qu'il y trouverait son intérêt. Mahomet,

quoique son prophète, lui paraissait moins grand que lui: il croyait avoir fait de plus grandes choses; il

méprisait surtout la puissance des Chrétiens, et leur milice était l'objet continuel de ses railleries. Ils sont

venus fondre sur nos états, disait-il, ces rois si fiers de France, d'Angleterre et d'Allemagne. Quel a été le

succès de leurs entreprises? Ils ont éprouvé le sort de ces gros nuages que le moindre vent fait disparaître.

On le loue cependant de sa continence; il n'avait que quatre femmes, dont la plus chérie était une jeune

chrétienne d'Antioche qu'il menait toujours avec lui. Il détestait le vin et les femmes publiques, qui

avilissent l'homme en énervant son esprit et son courage. En vain on lui objecta que ses prédécesseurs

tiraient de ce double commerce de quoi entretenir au moins cinq à six mille soldats; il répondit

constamment qu'il aimait mieux un petit nombre de gens sobres, qu'une multitude efféminée de vils

esclaves, abrutis par la débauche et le vin.

Tel était l'ennemi que Dieu avait suscité dans sa colère, pour punir les abominations des chrétiens de
Syrie; ennemi d'autant plus redoutable que la gloire et la superstition enflammaient également sa haine.

Ce fut pour se venger des chrétiens qui violèrent indignement la foi des traités, qu'il leur jura une guerre

éternelle. On ne voit pas néanmoins qu'il ait rien entrepris contre eux les deux premières années de son

règne: il les employa sans doute à affermir sa domination.

Ceux-ci, au lieu de profiter de ce temps de repos, ne songèrent eux-mêmes qu'à se ruiner par leurs fatales
divisions. Venise et Gênes se disputaient alors la possession d'un lieu nommé Saint-Sabas, que le pape

Alexandre IV leur avait accordé en commun: querelle qui ne finit que par une sanglante bataille que les

Génois perdirent.

D'un autre côté, les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, par une malédiction de Dieu, que leur vie

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