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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

également contigu; mais la mort le prévint. Ce fut pour suppléer à cet engagement qu'en 1648, la famille
de Richelieu fit réunir le collége du Plessis à la Sorbonne.

Louis cependant, peu rebuté de tout ce qu'il avait souffert dans sa première croisade, toujours dévoré de
zèle pour l'intérêt de la religion et de l'Eglise, méditait secrètement une seconde expédition pour le

secours des Chrétiens de la Palestine. Il se voyait en paix, aimé de ses peuples, redouté de ses voisins: ses

finances étaient en bon état; la France nourrissait dans son sein une nombreuse et brillante jeunesse, qui

ne respirait que la guerre. S'il ne se sentait pas assez de forces pour combattre lui-même comme

autrefois, il croyait du moins qu'un général infirme peut, de sa tente, donner les ordres nécessaires, et

faire combattre les autres. Plein de ces idées, que sa piété lui représentait conformes à sa raison, il en fit

part au pape, qui écrivit au saint roi une lettre extrêmement tendre, pour l'exhorter à presser l'exécution

d'une entreprise qui ne pouvait, disait-il, être inspirée que du Ciel.

Etat des affaires de la Palestine.

La Palestine se trouvait alors dans un état déplorable. Louis, pendant le séjour qu'il y fit, y avait rétabli,
comme je l'ai dit ci-devant, et fortifié plusieurs places. Lors de son départ, il y avait laissé pour

commander, le brave Geoffroy de Sargines. Ce grand homme avait répondu parfaitement aux intentions

du monarque, et soutenu par sa valeur et par sa conduite ce royaume désolé et réduit à quatre ou cinq

forteresses. Tout y fut long-temps paisible sous le gouvernement de Plaisance d'Antioche, veuve de Henri

de Lusignan, roi de Jérusalem; titre vain, à la vérité, car Jérusalem était au pouvoir des infidèles, mais

toujours ambitionné, parce qu'il donnait un rang considérable parmi les princes chrétiens. Hugues II le

portait alors avec celui de roi de Chypre: comme il n'était pas en âge de gouverner, la régence fut confiée,

suivant l'usage, à la reine, sa mère, fille de Bohémont, prince d'Antioche.

Mais cette tranquillité dont jouissaient les chrétiens d'Orient, était moins due à la sagesse de leur
conduite, qu'à la méchanceté de leurs ennemis. L'ambitieux Moas, soudan d'Egypte, impatient de voir

son autorité partagée, déposa le jeune Achraf-Mudfaredin, qu'on lui avait donné pour collègue, et fit

assassiner le brave Octaï, dont il avait reçu les plus grands services. Il fut lui-même poignardé dans le

bain, par ordre de sa femme, dont le crime ne tarda pas à être expié par une mort semblable.

Almansor-Nuradin-Ali, son fils, hérita de sa couronne, et non de ses grandes qualités. Le peu de courage

qu'il montra lors de l'invasion des Tartares, le fit déposer comme indigne du trône.

Colus-Sephedin-Modfar fut mis en sa place d'une voix unanime. C'était un Mameluck distingué par sa

valeur, soldat intrépide, le plus grand capitaine de l'empire égyptien. Aussitôt il donne ses ordres pour la

sûreté des frontières, renouvelle la trève avec les Chrétiens de la Palestine, marche contre cent mille

chevaux que Holagou, prince tartare, avait laissés en Syrie, les forces dans leur camp, tue leur général, et

les oblige de repasser l'Euphrate. Il revenait triomphant, lorsqu'il fut assassiné par l'émir Bondocdar,

autre Mameluck dont il a été parlé plusieurs fois dans cette histoire[1]. Le meurtrier se présente aux

troupes, l'épée teinte encore du sang d'un maître qui n'avait fait d'autre crime que de n'avoir pas voulu

violer la trève qu'il venait de conclure avec les Chrétiens. Toute l'armée le proclame soudan. Il se rendit

ensuite au Caire, où il fut couronné solennellement.

[Note 1: Assises de Jérusalem, chap. 284 et suiv.]

Ce fut ainsi que Bondocdar, deux fois meurtrier de ses maîtres, passa de l'esclavage à la souveraineté, et
sut réunir sur sa tête cinq belles couronnes; celle d'Egypte, celle de Jérusalem, celle de Damas, celle

d'Alep et celle de l'Arabie. Les historiens arabes le peignent comme un héros sublime dans ses vues,

fécond dans ses projets, d'une activité, enfin, qui le multipliait, pour ainsi dire, et le reproduisait partout.

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