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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

d'information, comme on l'a dit ci-devant, en parlant de l'affaire de Coucy, malgré tous les efforts de
Louis, n'était reçue que dans ses domaines: il n'oubliait rien, du moins, pour arrêter le mal par tous les

châtimens que la prudence et le droit permettaient à son zèle: c'est ce qui paraît singulièrement dans une

affaire entre deux gentilshommes artésiens, qui passèrent un compromis pour s'en rapporter à son

jugement.

L'un, c'était Alenard de Selingam, sollicitait une vengeance éclatante de la mort de son fils, que l'autre
avait cruellement assassiné. Celui-ci, nommé André de Renti, se défendait vivement d'une action si

barbare. Déjà la plainte avait été portée à la cour d'Artois, où l'accusé prétendait s'êtré justifié; mais cette

justification souffrait apparemment quelque difficulté, puisque la querelle durait encore. Le roi ordonna

des informations. Il fut prouvé que Renti, ayant rencontré le fils de Selingam, l'avait renversé d'un coup

de lance, en l'appelant méchant bâtard; qu'aussitôt un chevalier de la compagnie de Renti, avait

enfoncé un poignard dans le sein du jeune Selingam, au moment même qu'il rendait son épée et

demandait la vie. Louis, instruit de la vérité du crime, put à peine retenir sa juste indignation; mais enfin

ce crime n'était notoire que par une procédure d'information, jusqu'alors inusitée en France lorsqu'il

s'agissait de la noblesse: le coupable persistait à le nier. Le roi, n'osant pas le faire punir comme il aurait

souhaité, ne songea qu'à en tirer au moins tout l'avantage qu'il pouvait. Ne voulant point porter atteinte à

la justice du comte d'Artois, il crut qu'il devait prononcer, non-seulement en nom commun, mais encore

conformément aux usages reçus dans les états du jeune prince. Ce qui avait été décidé à Saint-Omer,

touchant la pièce de terre, fatale cause de la querelle, fut confirmé en son entier. On l'adjugea aux

Selingams à perpétuité. Renti fut en outre condamné à demander pardon à genoux au père du défunt, à

faire quarante livres de rente à ses enfans; enfin, à vider le royaume, pour aller passer cinq années au

service de la Terre-Sainte.

On le vit, peu de temps après, décerner la même peine de l'exil contre Boson de Bourdeille, qui, pour
s'emparer du château de Chalus, en Limousin, avait tué un chevalier nommé Maumont. En vain

Marguerite de Bourgogne, vicomtesse de Limoges, intercéda pour le meurtrier, qui offrait de se justifier

par le duel: il fut obligé de rendre la forteresse, et d'aller servir treize ans dans la Palestine.

Un chevalier se plaignait d'avoir été insulté par trois gentilshommes: le châtiment suivit de près la
poursuite de l'outrage. Louis, outre une grosse amende qu'il exigea au profit de l'offensé, ordonna qu'ils

iraient ensuite combattre sous les étendards du roi son frère. C'est ainsi qu'il savait tirer le bien du mal,

toujours occupé de l'un pour extirper l'autre.

Ce fut par le même principe de justice et d'humanité, qu'il s'éleva fortement contre un usage observé de
tout temps à Tournay, où ceux qu'on avait bannis pour meurtre, pouvaient se racheter de leur ban en

payant cent sous. C'était mettre la vie des hommes à bien vil prix. Il en fut indigné, et rendit une

ordonnance qui abolissait cette étrange coutume; ce qui le mit en si grande vénération parmi les peuples

du Tournaisis, que pour éterniser la mémoire de ce sage règlement, ils arrêtèrent que, tous les ans, au jour

de l'Ascension, le greffier du siége marcherait dans les places publiques, cette ordonnance à la main,

disant à haute voix, que Louis, roi de France, était véritablement le père du peuple; que, par ses soins, la

vie du citoyen serait désormais en sûreté; et que les meurtriers ne devaient plus espérer de jouir de leur

patrie.

Ce fut cette année que Louis arma chevalier le prince Philippe, son fils aîné, qui entrait alors dans sa
vingt-troisième année. Jamais cérémonie, dit un auteur du temps[1], ne rassembla plus de noblesse et de

prélats: Paris surtout fit éclater, en cette occasion, le tendre amour qu'on lui connaît pour ses princes,

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