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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
Pendant que Charles, comte d'Anjou, frère du roi, était occupé, comme je viens de le rapporter, à la conquête du royaume de Sicile, Louis, qui n'y avait pris aucune part, toujours égal à lui-même, continuait de donner à la France le spectacle de ses vertus pacifiques et bienfaisantes, qui sont en même temps la gloire du prince et le bonheur des peuples. Mais quelque ardent que fût son zèle pour la justice, jamais il ne l'emporta au-delà des bornes. La modération la plus sage fut toujours l'ame de ses actions: c'est ce qu'on remarque surtout au sujet du droit d'asile. Un voleur avait été pris par les officiers du monarque dans l'église des Cordeliers de Tours; l'archevêque se récria contre la prétendue profanation, et redemanda le coupable avec grand bruit. Le roi voulut bien avoir égard à ses plaintes; il assembla un parlement, où, l'affaire scrupuleusement examinée, il fut ordonné que le criminel serait reconduit à l'église; mais que les religieux, ou les gens du prélat, l'en chasseraient aussitôt, de manière qu'il pût être repris, sinon qu'on irait le saisir jusqu'aux pieds de l'autel. Par cet expédient, Louis sut accorder ce qu'il devait à sa dignité, avec les ménagemens que les circonstances exigeaient pour des vassaux aussi puissans, que jaloux de certains priviléges contraires à la bonne police et à la tranquillité des peuples, qu'il n'avait pas encore été permis de détruire.
Mariage de Jean, fils du roi.
Vers ce même temps, Louis maria le prince Jean, dit Tristan, son quatrième fils, avec Jolande, fille aînée de Eudes IV, duc de Bourgogne, comte de Nevers, du chef de sa femme. Il y eut quelques difficultés sur la tutelle de la jeune épouse; les uns prétendaient qu'elle appartenait incontestablement au prince son mari; les autres soutenaient que jusqu'à ce qu'il eut vingt-un ans accomplis (il n'en avait alors que seize), il devait demeurer avec sa femme et ses belles-soeurs sous la puissance de son beau-père, qui cependant jouirait de tout le bien. On trouva le moyen de partager le différend; il fut arrêté que Eudes aurait la tutelle des trois cadettes, mais qu'il laisserait à son gendre, sous la conduite du roi, l'administration des biens qui leur revenaient du chef de leur mère. On n'y mit qu'une condition: c'est que le roi, après avoir prélevé les frais nécessaires pour cette gestion, remettrait fidèlement l'excédant pour l'entretien des princesses qui étaient sous la garde de leur père. Le duc de Bourgogne, qui avait amené sa fille à Paris pour la célébration des noces, accepta cet accord au nom de son fils, qui, depuis un an, était parti pour la Palestine, d'où il ne revint pas. Lorsque le roi eut appris sa mort, il fit un voyage à Nevers, pour mettre le jeune prince Tristan en possession du comté de Nevers, qu'il venait d'acquérir par son mariage.
Celui de Blanche, troisième fille de Louis, avec Ferdinand de Castille, fut aussi conclu dans la même année, mais il ne s'accomplit que trois ans après. L'infant était plus jeune que la princesse, qui elle-même n'avait pas atteint l'âge nubile. On convint que si elle survivait à son époux, elle aurait la liberté de revenir en France avec sa dot et son douaire; l'une devait être de dix mille livres, et l'autre de sept.
Rien n'échappait à l'attention et aux recherches du sage monarque. Telle était alors la tyrannie des péages, qu'en plusieurs lieux les seigneurs se prétendaient en droit d'obliger les marchands à se détourner du chemin le plus court pour se présenter devant leurs bureaux, qu'ils avaient soin de multiplier le plus qu'ils pouvaient. Il arriva que quelques commerçans, pour épargner les frais, évitèrent de passer par un endroit où il y avait douane: toutes leurs marchandises furent saisies. Les malheureux prétendirent en-vain qu'ils étaient exempts de cette servitude; les commis ne voulurent rien écouter. L'affaire fut portée devant le roi, qui, pour n'être pas trompé, ni à son profit, ni à sa perte, tenait un registre exact de toutes ces choses. Il vit qu'effectivement son droit ne s'étendait pas jusque-là; il condamna les commis, non-seulement à rendre tous les effets, mais même à indemniser les marchands.
La jurisprudence des anciens temps semblait moins punir qu'autoriser le meurtre, l'assassinat et les autres crimes. On en était quitte pour nier le fait, offrir le duel, et jeter son gage de bataille. La voie
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