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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

conservé sa couronne, était tout son conseil. Ce ministre, gagné peut-être par la régente de France,
comme on l'en soupçonnait en Angleterre, s'opposa, presque seul, à la proposition qu'on fit au roi de

passer en France, et son avis fut suivi. Il se fit même, cette année, une trève d'un an entre les deux

couronnes: ce qui n'empêcha pas le roi d'Angleterre d'envoyer un corps de troupes anglaises au comte de

Bretagne. Ayant fait avec ces troupes, jointes aux siennes, quelques courses sur les terres de France, il fut

cité à Melun, pour comparaître à la cour des pairs; et, sur le refus qu'il fit de s'y rendre, on le déclara

déchu des avantages que le roi lui avait faits par le traité de Vendôme. Ensuite ce prince partit de Paris

avec la reine régente, et marcha avec son armée pour aller punir le comte de Bretagne. Louis vint mettre

le siége devant le château de Bellesme, place très-forte, qui avait été laissée en la garde du comte, par le

traité de Vendôme. La place fut prise en peu de temps par capitulation. Aussitôt après, les Anglais,

mécontens du comte de Bretagne dont les grands projets n'avaient abouti à rien, moins par sa faute que

par celle de leur roi, retournèrent en Angleterre.

Quelque ascendant que le roi, conduit par les conseils de la reine sa mère, eût pris sur ses vassaux par la
promptitude avec laquelle il avait réprimé leur audace, cependant la France n'en était pas plus tranquille;

et l'on voyait sous ce nouveau règne, comme sous les derniers rois de la seconde race, et sous les

premiers de la troisième, tout le royaume en combustion par les guerres particulières que les seigneurs se

faisaient les uns aux autres pour le moindre sujet; mais elles faisaient un bon effet, en suspendant les

suites de la jalousie et de la haine que la plupart avaient contre la régente. Comme l'état se trouvait assez

tranquille cette année, elle négocia heureusement avec plusieurs seigneurs qu'elle mit dans les intérêts du

roi son fils, en les déterminant par ses grâces, par ses bienfaits, et par ses manières agréables et

engageantes à lui rendre hommage de leurs fiefs; affermissant par ce moyen, autant qu'il lui était

possible, l'autorité de ce jeune prince; mais elle ne put rien gagner sur le comte de Bretagne.

C'était un esprit indomptable, qui, voyant la plupart des vassaux du roi divisés entre eux, ne cessait de
cabaler, et fit si bien, par ses intrigues auprès du roi d'Angleterre, que ce prince se détermina enfin à

prendre la résolution de faire la guerre à la France, et d'y passer en personne.

L'année précédente, il avait assemblé à Portsmouth une armée nombreuse. Il s'était rendu en ce port avec
tous les seigneurs qui devaient l'accompagner; mais, lorsqu'il fut question de s'embarquer, il se trouva si

peu de vaisseaux, qu'à peine eussent-ils suffit pour contenir la moitié des troupes. Henri en fut si fort

irrité contre Hubert du Bourg, son ministre et son favori, qu'il fut sur le point de le percer de son épée, en

lui reprochant qu'il était un traître qui s'était laissé corrompre par l'argent de la régente de France. Le

ministre se retira pour laisser refroidir la colère de son maître. Quelques jours après, le comte de

Bretagne étant arrivé pour conduire, dans quelqu'un de ses ports, l'armée d'Angleterre, selon qu'on en

était convenu, il se trouva frustré de ses espérances: néanmoins, comme il s'aperçut que le roi, après avoir

jeté son premier feu, avait toujours le même attachement pour son ministre, il prit lui-même le parti de

l'excuser, et il réussit si bien qu'il le remit en grâce, s'assurant, qu'après un pareil service, du Bourg ne

s'opposait plus à ses desseins.

Avant de partir pour retourner en Bretagne, le comte voulut donner une assurance parfaite de son
dévouement au roi d'Angleterre: il lui fit hommage de son comté de Bretagne, dont il était redevable au

seul Philippe-Auguste, roi de France; et, comme il savait que plusieurs seigneurs de Bretagne étaient fort

contraires au roi d'Angleterre, il ajouta, dans son serment de fidélité, qu'il le faisait contre tous les

vassaux de Bretagne, qui ne seraient pas dans les intérêts de l'Angleterre. Henri, en récompense, le remit

en possession du comté de Richemont et de quelques autres terres situées en Angleterre, sur lesquelles le

comte avait des prétentions. Il lui donna de plus cinq mille marcs d'argent pour l'aider à se soutenir contre

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