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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

l'impuissance où il était dans cette conjoncture, de soutenir une telle entréprise, la lui fit refuser. Cette
couronne fut ensuite offerte à Richard, frère du roi d'Angleterre, et enfin à Edmond, second fils du même

roi, qui l'accepta. Toutefois Urbain IV, qui avait succédé à Innocent, suivant le dessein de ses

prédécesseurs, ne se rebuta point, et voyant que l'embarras où se trouvait le roi d'Angleterre dans son

royaume, l'empêchait de penser à rien faire pour la conquête de la Sicile, en faveur du prince Edmond, il

résolut d'offrir au roi de France cette couronne pour celui de ses enfans auquel il lui plairait de la

destiner; mais Louis refusa son offre, pour ne pas préjudicier aux droits de Conradin, ou à ceux

d'Edmond d'Angleterre, qui en avait déjà reçu l'investiture. Malgré tous ces refus, Urbain fit encore

proposer cette couronne par Barthélemi Pignatelli, archevêque de Cosence, au comte d'Anjou.

Quoique le roi n'eût accepté pour aucun de ses enfans l'investiture de la Sicile, il ne s'opposa point aux
droits que le comte d'Anjou, son frère, acquérait sur ce royaume par la donation du pape, qui prétendait, à

cause de la félonie des princes de la famille de Frédéric, être en droit de disposer de cet état, comme d'un

fief relevant du Saint-Siége. Le roi, qui crut avec raison qu'il ne lui appartenait pas d'entrer dans la

discussion de droits, peut-être aussi injustes d'une part que de l'autre, laissa l'archevêque de Cosence

négocier cette affaire avec le comte d'Anjou.

Je n'entrerai point dans le détail des difficultés que ce prince put avoir sur diverses circonstances de cette
affaire, ni des conditions auxquelles le pape lui donna l'investiture du royaume de Sicile. Je dirai

seulement que l'espérance d'une couronne, et les instances de la comtesse Béatrix, femme du comte

d'Anjou, qui voulait à quelque prix que ce fût, être reine comme ses trois autres soeurs, le firent passer

par-dessus toutes les difficultés.

Le comte d'Anjou partit de Marseille, le 15 mai 1265, sur une flotte de trente galères, avec plusieurs
vaisseaux de transport. Après avoir essuyé une violente tempête, il arriva heureusement, la veille de la

Pentecôte, à Rome, où il reçut l'investiture du royaume de Sicile: elle lui fut conférée par quatre

cardinaux que le pape avait envoyés pour cet effet. Il prit dès ce moment le titre de roi de Sicile; mais il

ne fut couronné, avec Béatrix sa femme, que le jour des Rois de l'année suivante.

Charles ayant reçu un renfort considérable de troupes, tant de ses comtés de Provence et d'Anjou, que de
plusieurs seigneurs français volontaires, qu'il avait engagés par ses promesses à l'accompagner, et qui se

rendirent en Italie par les Alpes, se mit en campagne.

Mainfroi, de son côté, avec une armée plus forte que celle de Charles, se mit en état de lui résister. Mais,
ayant réfléchi sur le péril qui le menaçait, et redoutant la valeur de la noblesse française, il envoya des

ambassadeurs au pape pour lui faire des propositions de paix. Urbain refusa de les entendre. Mainfroi en

fit faire aussi à Charles: il répondit à ceux qu'il lui envoya, dites de ma part au soudan de Lucerie

(c'était une ville tenue par les Sarrasins, qui étaient au service de Mainfroi) que devant qu'il soit peu

de jours, il m'aura mis en paradis, ou que je l'aurai envoyé en enfer
.

Enfin après plusieurs combats dans lesquels Charles eut toujours de l'avantage, et après s'être rendu
maître de plusieurs villes, les deux armées se joignirent dans la plaine de Bénévent, où après un combat

très-opiniâtre celle de Mainfroi fut mise en déroute, et lui-même y perdit la vie. Les historiens du temps

nous apprennent que Richard, comte de Caserte, fut cause du malheur de Mainfroi, ayant quitté son parti

et livré aux Français un passage important, pour se venger de Mainfroi, qui était son beau-frère, et dont il

était l'ennemi caché, parce que ce prince avait abusé de la femme du comte. C'est ainsi que souvent la

justice divine dispose les choses de telle manière, qu'un crime est puni par un autre crime.

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