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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

avec répugnance, ne voulant point d'un roi pour juge dans une cause qui semblait être celle de tous les
rois. Tout le monde cependant y consentit, et, des deux côtés, on s'engagea par de grands sermens et par

des actes solennels. Le prince anglais, dans son compromis, daté de Windsor, où l'on voit les sceaux

d'Edouard, son fils aîné, de Henri d'Allemagne, son neveu, et de trente autres seigneurs, tant étrangers

que regnicoles, jure sur son ame, en touchant les saints évangiles[1], qu'il observera fidèlement ce que le

roi de France décidera sur les statuts d'Oxfort. Les barons (c'étaient les évêques de Londres et de

Worchester, Simon de Montfort, comte de Leycester, trois de ses fils, et dix-huit autres seigneurs)

promettent la même chose et de la même manière, s'obligeant, sous les sermens les plus sacrés, à

exécuter de bonne foi ce qui sera ordonné. On n'y met qu'une condition, c'est que le différend sera jugé

avant la Pentecôte.

[Note 1: Matthieu Paris, p. 992.]

Louis voulut bien se charger de l'arbitrage, et convoqua l'assemblée dans la ville d'Amiens. Le roi et la
reine d'Angleterre s'y rendirent au jour marqué, et les barons y envoyèrent leurs députés. L'affaire fut

agitée de part et d'autre avec beaucoup de force, le droit primitif des peuples mûrement pesé, le pouvoir

transféré aux souverains par la société, scrupuleusement examiné. On exposa, en faveur des sujets, qu'en

se donnant aux rois, ils n'avaient cherché qu'à posséder leurs biens et leur vie dans une parfaite sécurité,

non à les exposer en proie à la cupidité ou à l'ambition; qu'un état policé n'était point un composé

d'esclaves qu'on ne dût consulter sur rien, dont on pût prodiguer arbitrairement le sang et les trésors;

enfin, que les articles d'Oxford n'étaient qu'une interprétation, ou plutôt une suite naturelle des lois du

royaume.

On démontra, d'un autre côté, que la dignité des rois n'est, ni un vain titre, ni un nom de théâtre et sans
effet; que, chargés de veiller au bonheur, à la défense et à la gloire de la société, il est de la dernière

conséquence que leurs ordres soient inviolablement exécutés en tout ce qui a rapport à ces objets si

importans; que leurs droits ne sont pas moins sacrés que ceux de l'état qu'ils gouvernent; que la qualité de

législateur, toujours inséparable de la souveraineté, ne leur laisse d'autre juge de leurs actions que celui

d'où émane toute puissance, en un mot, que le convenant d'Oxford était une infraction formelle

aux lois, un traité monstrueux, incapable de lier, quand même il aurait été libre.

Louis, pleinement instruit de la nature des articles contestés, sensiblement touché des maux qui en
résultaient, tels que l'avilissement de la majesté royale, la guerre allumée dans toute l'Angleterre, la

profanation des églises, l'oppression, tant des étrangers que des naturels du pays, prononça, en ces

termes, qui marquent un juge souverain et absolu, le célèbre arrêt qui tenait l'Angleterre, la France et

toute l'Europe en suspens.

«Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit: Nous annullons et cassons tous les statuts arrêtés dans le
parlement d'Oxford, comme des innovations préjudiciables et injurieuses à la dignité du trône:

déchargeons le roi et les barons de l'obligation de les observer: déclarons nul et de nulle valeur tout ce

qui a été ordonné en conséquence: révoquons et supprimons toutes les lettres que le roi peut avoir

données à ce sujet: ordonnons que toutes les forteresses qui sont entre les mains des vingt-quatre seront

remises en sa puissance et en sa disposition: voulons qu'il puisse pourvoir à toutes les grandes charges de

l'état; accorder retraite aux étrangers dans son royaume, appeler indifféremment à son conseil tous ceux

dont il connaîtra le mérite et la fidélité: décernons et statuons qu'il rentrera dans tous les droits

légitimement possédés par ses prédéceseurs; que, de part et d'autre, on oubliera le passé; que personne ne

sera inquiété ni recherché: n'entendons pas néanmoins qu'il soit dérogé, par ces présentes, aux priviléges,

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