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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

[Note 1: Rap. Thoyr., liv. 2, p. 473.]

L'infortuné Henri, dépouillé de son autorité, se voyait forcé d'approuver tout ce qui plaisait aux
vingt-quatre. Dans cette extrémité, il se jeta dans la tour de Londres, s'y fortifia, et se servit de l'argent

qu'il avait amassé depuis long-temps, pour regagner les bourgeois et pour y lever des soldats. Un jour

qu'il était sorti pour aller se promener sur la Tamise, une tempête qui s'éleva tout-à-coup, l'obligea de se

faire mettre à terre au lieu le plus prochain. Il se trouva par hasard que c'était précisément à l'hôtel du

comte de Leycester, qui le reçut à la descente du bateau, et lui dit, pour le rassurer, qu'il n'y avait rien à

craindre, puisque l'orage était déjà passé. Non, non, lui répondit le monarque en jurant, la

tempête n'est point passée; et je n'en vois point que je doive craindre plus que vous
. Il avait écrit au
pape, pour le prier de l'absoudre du serment fait à Oxfort; il l'obtint d'autant plus aisément, que, depuis la

réforme, les Italiens ne touchaient plus rien des bénéfices qu'ils avaient en Angleterre. Aussitôt il

assemble un parlement, qu'il ouvre et ferme tout à la fois par cette déclaration: «Qu'il ne se croyoit plus

obligé de tenir sa parole, puisqu'on n'exécutoit point ce qu'on lui avoit promis; qu'au lieu des trésors qui

devoient remplir son épargne, il se trouvoit seul dans l'indigence, tandis que les vingt-quatre épuisoient

l'état pour s'enrichir; qu'il étoit temps qu'il reprît le personnage de roi, et que ses sujets rentrassent dans le

devoir; qu'il ne les avoit mandés que pour leur donner le choix de l'obéissance ou de la guerre.» C'était

parler véritablement en roi; mais pour soutenir cette démarche, il fallait de la fermeté. Henri était le plus

faible de tous les hommes. Ce discours néanmoins parut, pour le moment, produire un bon effet; toute

l'assemblée donna les mains à la révocation du convenant: c'est ainsi qu'on appelait l'arrêté

d'Oxfort. Le seul comte de Leycester osa tenir ferme, et bientôt sut regagner la plus grande partie des

barons. Si l'on en croit ses panégyristes, ce fut la dignité inviolable du serment qui le rendit

inflexible
: ce qui leur fournit la matière d'un grand éloge. Mais un serment contraire à la loi peut-il
jamais obliger? Celui que Leycester avait fait autrefois, en prêtant foi et hommage à son roi, était-il

moins sacré que celui qu'il avait fait en se soustrayant à l'obéissance?

Tout semblait disposé à la guerre. Ce n'était partout qu'assemblées tumultueuses, la plupart contraires aux
intérêts du prince. On courut enfin aux armes de tous côtés, et de part et d'autre on ne s'occupa que des

moyens de se surprendre. Henri manqua d'être pris dans Winchester. Edouard son fils, qui, d'abord, sans

qu'on sache pourquoi, prit le parti des ligués, qu'ensuite il abandonna de même, fut arrêté à Kingston, et

forcé de livrer Windsor, d'où il était sorti imprudemment. Le comte de Leycester se trouva lui-même

dans un grand embarras en un faubourg de Londres, et serait infailliblement tombé au pouvoir du roi, si

les bourgeois, après avoir forcé les portes du pont, ne lui eussent facilité sa retraite dans la ville, où l'on

tendit aussitôt les chaînes. Alors les barons ne ménagèrent plus rien, renouvelèrent leurs sermens avec les

plus horribles exécrations, et se firent couper les cheveux pour se reconnaître. On n'entendait parmi le

peuple que ces discours séditieux: «Qu'ils ne vouloient point d'un roi esclave du pape et vassal de la

France, qu'ils sauraient bien se conduire sans lui; qu'il pouvoit aller gouverner sa Guyenne, et rendre

fidèlement au monarque François le service qu'il lui avoit juré.» Insolences trop ordinaires à la populace,

surtout en Angleterre.

Louis est choisi pour arbitre entre le roi et les barons d'Angleterre.

Quelques gens sages des deux partis cherchèrent différentes voies de conciliation, mais toujours
inutilement. On était convenu que toute la cour, et les principaux ligués se trouveraient à Boulogne, pour

y discuter leurs prétentions réciproques devant le roi de France. On s'y rendit en effet de part et d'autre;

on disputa beaucoup, et on ne conclut rien. On proposa enfin de s'en remettre à l'arbitrage du monarque

français, et de se soumettre, sans restriction, à ce qu'il ordonnerait. Henri l'accepta sans peine, les barons

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