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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

exerçaient les mêmes fonctions. Hugues Capet, parvenu à la couronne, supprima ces deux titres pour le
comté de Paris, et leur substitua celui de prévôt, avec les mêmes prérogatives. Ce nouvel officier, outre le

commandement sur la milice, administrait encore la justice: c'était lui seul qui la rendait à Paris, dans ces

anciens temps où le parlement n'était pas encore rendu sédentaire. Mais cette importante place étant

devenue vénale, plus elle donnait de pouvoir, plus elle occasionait d'injustices. Louis, pour remédier à

ces abus, défendit la vénalité d'un emploi qui demandait le plus parfait désintéressement, et il eut la

satisfaction de trouver un homme qui avait autant de lumières que d'intégrité. Ce fut Etienne Boilève,

originaire d'Anjou, chevalier, noble de parage, c'est-à-dire de race. Louis lui donna la place de

prévôt de Paris. C'était un homme de grande considération, tant à la cour qu'à l'armée; car ayant été fait

prisonnier à Damiette, sa rançon fut mise à deux cents livres d'or, somme alors considérable. Comme

Boilève était seul juge civil, criminel et de police, il fit rigoureusement punir les malfaiteurs, brigands,

filoux, et autres fainéans de la société, qui vivent à ses dépens. Ensuite il rangea tous les marchands et

artisans en différens corps de communautés, dressa leurs premiers statuts, et leur donna des réglemens si

sages, qu'on n'a eu qu'à les copier où à les imiter dans tous ceux qu'on a faits depuis pour la discipline des

diverses et nouvelles communautés de commerce.

Les moeurs, objet si digne de l'attention des rois, quelquefois trop négligé, eurent toujours la première
part aux soins de saint Louis. Tout ce qui ressentait la licence était proscrit sous diverses peines; les

spectacles étaient permis, mais ce qui pouvait causer quelque scandale en était sévèrement banni.

On vit sous son règne des écrits sur la religion, des ouvrages philosophiques, des poèmes, des romans;
mais on n'y voyait rien qui respirât la sédition, l'impiété, le matérialisme, le fanatisme, le libertinage.

D'abord il avait chassé les femmes de mauvaise vie, tant des villes que des villages; convaincu ensuite de

la maxime de saint Thomas, que ceux qui gouvernent sont quelquefois obligés de souffrir un moindre

mal pour en éviter un plus grand, il prit le parti de les tolérer; mais, pour les faire connaître et les couvrir

d'ignominie, il détermina jusqu'aux habits qu'elles devaient porter, fixa l'heure de leur retraite; et désigna

certaines rues et certains quartiers pour leur demeure. La pudeur, si naturelle au sexe, vint au secours des

lois; plusieurs eurent honte d'un genre de vie qui les notait de tant d'infamie. Un grand nombre se

convertirent, et se retirèrent dans une maison de filles pénitentes, qui était où l'on a vu depuis l'hôtel de

Soissons.

On a parlé de son attention pour la sûreté des grands chemins; il voulut encore y joindre la commodité.
S'il n'eut pas le bonheur de les porter à ce point de perfection où nous les voyons aujourd'hui, il eut du

moins la gloire de les avoir rendus plus praticables qu'ils n'avaient été sous ses prédécesseurs. Souvent il

envoyait des commissaires pour veiller à ce que les rivières fussent navigables. Enfin, rien n'était oublié,

ni pour les réglemens, ni pour l'exécution, qui est encore plus essentielle.

Tant de soins, en établissant l'ordre dans l'état, en assuraient la tranquillité; ils répandirent l'abondance
dans le royaume. C'est peu dire; ils augmentèrent les revenus de la couronne: ce qu'on peut regarder

comme un chef-d'oeuvre de politique. Ce ne fut pas, en effet, par les impositions extraordinaires que le

monarque s'enrichit; on ne les connaissait presque pas dans ces anciens temps. Alors, la richesse de nos

rois, comme celle des seigneurs, ne consistait qu'en terres, en redevances, en confiscations, en péages,

tant pour la sortie que pour l'entrée des marchandises. On les voyait, à la vérité, quelquefois exiger des

décimes sur le clergé; d'autres fois, lever une espèce de taille sur les peuples de leurs domaines; mais

Louis, persuadé que ce qui est à charge aux sujets, ne peut être avantageux au prince, loin de passer les

bornes, fut toujours en garde contre les vexations nuisibles à l'état.

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