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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

en argent, et cependant d'en payer le revenu, qui fut estimé dans la suite à trois mille sept cent vingt
livres; 3.° qu'il n'inquiétera point le monarque anglais sur tout le passé, comme d'avoir manqué à rendre

les hommages, à faire les services, à payer certains droits et autres charges semblables; 4.° qu'il donnera

et livrera au roi Henri la somme nécessaire pour entretenir, pendant deux ans, cinq cents chevaliers, que

le prince anglais devait mener à la suite de Louis, contre les mécréans et ennemis de la foi: Ce

qu'il n'accomplit pas, dit un auteur contemporain[1], quoiqu'il eût reçu ce payement évalué à cent

trente-quatre mille livres.

[Note 1: Joinville, p. 371 et 372.]

Henri, de son côté, pour reconnaître tous ces avantages, 1.° renonce, tant pour lui que pour ses
successeurs, à tous les droits qu'il prétendait sur le duché de Normandie, sur les comtés d'Anjou, du

Maine, de Touraine, de Poitou, et sur tout ce que ses pères pouvaient avoir possédé, terre ou île en-deçà

de la mer, excepté les choses spécifiées dans les précédens articles; 2.° s'oblige de faire hommage de tout

ce qu'on lui rend, comme aussi de Baïonne, de Bordeaux, de toute la Guienne, et à tenir ces grands fiefs

du roi et de ses successeurs, comme pair de France et duc d'Aquitaine; 3.° déclare qu'il se soumet au

jugement de la cour de France, non-seulement pour les différends qui s'élèveront sur l'exécution du traité,

mais pour ceux même qui naîtront entre lui et ses sujets de France. On a vu en effet cette même cour

décider, trois ans après, que les Gascons n'étaient point obligés de rendre leurs hommages en Angleterre,

mais seulement dans l'étendue de leur province. On avait même réglé la manière dont on citerait les rois

d'Angleterre, lorsqu'on serait obligé de le faire.

Le traité fut juré de bonne foi: d'abord au nom de Henri par ses ambassadeurs, ensuite au nom de Louis
par le comte d'Eu et le sire de Nesle. Le roi voulut qu'il fût souscrit par les deux princes Louis et

Philippe, ses fils aînés; mais en même temps il déclara que son intention n'était point de se dessaisir, qu'il

n'eût reçu l'hommage et la ratification du monarque anglais. La trève fut donc continuée jusqu'au 28 avril

de l'année suivante; et cependant l'acte fut mis en dépôt au Temple, sous les sceaux des archevêques de

Rouen et de Tarentaise.

Telles sont les conditions de cette fameuse paix, si long-temps désirée, si peu espérée de part et d'autre.
On a remarqué (chose assez ordinaire) qu'agréable aux deux rois, elle déplut également aux deux nations.

Il serait inutile de rapporter ici les réflexions politiques que nous ont débitées leurs historiens sur ce
fameux traité. Guidés par la prévention, dont ils sont naturellement affectés chacun pour leur pays, ils ont

peut-être aussi mal raisonné les uns que les autres.

Les Français ont blâmé leur prince d'avoir, au préjudice des véritables intérêts de son état, traité si
favorablement le roi d'Angleterre. On lui rendrait sans doute plus de justice, si on réfléchissait

sérieusement sur la droiture de ses intentions. «Je sais bien, disoit-il aux gens de son conseil, suivant le

rapport de Joinville[1], que le roi d'Angleterre n'a point de droit à la terre que je lui laisse: son père l'a

perdue par jugement; mais nous sommes beaux-frères; nos enfans sont cousins germains: je veux établir

la paix et l'union entre les deux royaumes: j'y trouve d'ailleurs un avantage qui est d'avoir un roi pour

vassal. Henri est à présent mon homme, ce qu'il n'étoit pas auparavant.» Voilà sans doute ce qui le

détermina; peut-être aussi les événemens toujours incertains de la guerre, l'horreur de voir répandre le

sang chrétien, le désir de procurer à ses peuples une paix durable, enfin la délicatesse de sa conscience,

qui lui laissait toujours quelques scrupules sur la justice de la confiscation faite par son aïeul des

domaines du père de Henri, qui avait peut-être été trop rigoureuse, y eurent beaucoup de part.

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