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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

promptement assemblé son armée; et, s'étant fait joindre par Matthieu II du nom, duc de Lorraine, il vint
en personne au secours du comte de Champagne.

Les approches du souverain, dont on commençait à ne plus si fort mépriser la jeunesse, étonnèrent les
rebelles. Ils envoyèrent au-devant de lui le supplier de leur laisser vider leur querelle avec le comte de

Champagne, le conjurant de se retirer, et de ne point exposer sa personne dans une affaire qui ne le

regardait point. Le roi leur répondit qu'en attaquant son vassal, ils l'attaquaient lui-même, et qu'il le

défendrait au péril de sa propre vie. Quand ce jeune prince parlait de la sorte, il était dans sa quinzième

année, et commençait déjà à développer ce courage et cette fermeté qui lui étaient naturels, et dont la

reine, sa mère, lui avait donné l'exemple, et lui avait enseigné l'usage qu'on devait en faire. Sur cette

réponse, les rebelles lui députèrent de nouveau pour lui dire qu'ils ne voulaient point tirer l'épée contre

leur souverain, et qu'ils allaient faire leur possible pour engager la reine de Chypre à entrer en

négociation avec le comte Thibaud, sus la discussion de leurs droits. Le roi répliqua qu'il n'était point

question de négociation, qu'il voulait, avant toutes choses, qu'ils sortissent des terres de Champagne; que,

jusqu'à ce qu'ils en fussent dehors, il n'écouterait ni ne permettrait au comte d'écouter aucune proposition.

On vit, en cette occasion, l'impression que fait la fermeté d'un souverain armé qui parle en maître à des

sujets rebelles. Ils s'éloignèrent dès le même jour d'auprès de Troyes, et allèrent se camper à Jully. Le roi

les suivit, se posta dans le lieu même qu'ils venaient d'abandonner, et les obligea de se retirer sous les

murs de la ville de Langres, qui n'était plus des terres du comté de Champagne.

Ce qui contribua beaucoup encore à ce respect forcé qu'ils firent paraître pour leur souverain, fut la
diversion que le comte de Flandre, à la prière de la régente, fit dans le comté de Boulogne, dont le comte,

qui était le chef le plus qualifié des ligués, fut obligé de quitter le camp pour aller défendre son pays. On

le sollicita en même temps de rentrer dans son devoir, en lui représentant qu'il était indigne d'un oncle du

roi de paraître à la tête d'un parti de séditieux, et combien étaient vaines les espérances dont on le flattait

pour l'engager à se rendre le ministre de la passion et des vengeances d'autrui. La crainte de voir toutes

ses terres désolées, comme on l'en menaçait, eut tout l'effet qu'on désirait. Il écrivit au roi avec beaucoup

de soumission, et se rendit auprès de sa personne, sur l'assurance du pardon qu'on lui promit.

Pour ce qui est du différend de la reine de Chypre avec le comte de Champagne, le roi le termina de cette
manière: la princesse fit sa renonciation aux droits qu'elle prétendait avoir sur le comté de Champagne, à

condition seulement que Thibaud lui donnerait des terres du revenu de deux mille livres par an, et

quarante mille livres une fois payées. Le comte n'étant pas en état de fournir cette somme, le roi la paya

pour lui, et le comte lui céda les comtés de Blois, de Chartres et de Sancerre, avec la vicomté de

Châteaudun[1]. Le roi, par ce traité, tira un grand avantage d'une guerre dont il avait beaucoup à craindre;

mais elle ne fut pas entièrement terminée.

[Note 1: L'acte de cette vente est rapporté par Ducange, dans ses Observations sur l'Histoire de saint
Louis
, par Joinville.]

Le comte de Bretagne, principal auteur de cette révolte, et dont l'esprit était très-remuant, n'oublia rien
pour engager le roi d'Angleterre à seconder ses pernicieux desseins. Il lui envoya l'archevêque de

Bordeaux, et plusieurs seigneurs de Guyenne, de Gascogne, de Poitou et de Normandie, qui passèrent

exprès en Angleterre pour presser Henri de profiter des conjonctures favorables qui se présentaient de

reconquérir les provinces que son père avait perdues sous les règnes précédens. Ils l'assurèrent qu'il lui

suffisait de passer en France avec une armée, pour y causer une révolution générale. L'irrésolution de ce

prince fut le salut de la France. Hubert du Bourg, à qui il avait les plus grandes obligations pour lui avoir

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