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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

renonce, pour lui et pour tous ses successeurs, à tous les droits qu'il a pu et qu'il pourrait désormais
prétendre sur tous les pays nommés dans le premier article.

D'autre part, le roi d'Aragon renonce, en faveur de Louis et de ses successeurs, à tous les droits qu'il
pourrait avoir sur les pays désignés dans le second article, et à tous ceux généralement qui avaient été

possédés, soit en seigneuries, soit en domaines, par Raimond, dernier comte de Toulouse. Ce traité ayant

été ratifié à Barcelone, le roi d'Aragon renonça encore, en faveur de la reine de France, et de celui de ses

enfans qu'elle jugerait à propos, à tous les droits qu'il pouvait avoir sur les comtés de Provence et de

Forcalquier, aussi bien que sur les villes d'Arles, d'Avignon et de Marseille.

En cette même année, et au même lieu, fut arrêté le mariage de Philippe, second fils de France, avec
Isabelle, fille du roi d'Aragon. Mais ce mariage, à cause de l'âge du prince et de la princesse, ne

s'accomplit que quelques années après, c'est-à-dire l'an 1262.

Ce traité fut avantageux à la France, qui ne céda que des droits qu'il lui était impossible de faire valoir,
sur des pays situés au-delà des Pyrénées, pour demeurer en possession d'un grand nombre de villes et de

domaines très-considérables, sans craindre désormais aucune contestation. Les rois d'Aragon firent

néanmoins dans la suite des tentatives pour se relever de cet accord, mais ce fut toujours en vain.

Traité de paix avec le roi d'Angleterre.

Une autre négociation, commencée dans le même temps avec l'Angleterre, mais qui ne fut terminée que
l'année suivante, excita de grandes rumeurs. On peut dire que ce fut proprement l'ouvrage du roi. Les

gens de son conseil n'oublièrent rien pour l'en détourner. Ce que la noblesse avait de mieux intentionné

pour la gloire de la nation, s'y opposa; tout fut inutile. C'est la seule fois, dit Mézerai, qu'il lui

arriva de choquer la volonté de ses parens
.

Depuis plus de cinquante ans qu'on était en guerre avec les Anglais, on n'avait pu faire de paix, les uns
demandant trop, les autres n'offrant pas assez. Henri cependant ne désespérait pas de recouvrer, par la

négociation, ce que son père avait perdu par sa félonie. C'était ce qui l'avait amené à Paris, et l'y avait fait

prodiguer caresses et présens pour gagner les confidens de Louis; mais, s'il avait remarqué beaucoup de

bonne volonté, il s'aperçut en même temps, dit son historien, qu'elle était moins forte que la crainte du

baronage. Peu rebuté de cette tentative, il essaya de se faire mettre sur la liste de ceux à qui le roi faisait

faire des restitutions: la réponse ne fut pas favorable.[1] Tout récemment encore, il venait d'envoyer le

comte de Leicester, son beau-frère, avec plusieurs autres grands seigneurs d'Angleterre, pour réclamer les

provinces tant de fois demandées. Ils osèrent représenter que, la trève étant sur le point de finir, la

restitution des domaines confisqués était le seul moyen d'éviter une guerre funeste aux deux nations; qu'il

était contre la justice de punir le fils des fautes du père; que cette faute, en un mot, quelque grande qu'elle

pût être, était assez expiée par une si longue privation de tant de riches possessions. Les ambassadeurs

étaient accompagnés de ceux de Richard, frère de Henri, nouveau roi des Romains, qui, de son côté,

redemandait le Poitou, qui lui avait été donné en apanage, trente ans auparavant. Louis les reçut tous avec

bonté; mais les princes, ses frères, les seigneurs de la cour, le peuple même, ne leur témoignaient

qu'indignation, et mépris. Désespérés des sarcasmes dont on ne cessait de les accabler en toutes

rencontres, peu satisfaits d'ailleurs de la réponse du monarque, qui, sans leur dire rien de positif, remit

l'affaire au parlement, qu'il devait convoquer au carême prochain, ils ne virent d'autre parti à prendre que

de retourner porter à leur maître de si tristes nouvelles; mais, en partant, ils laissèrent à Paris l'abbé de

Westminster pour continuer la négociation. Pendant que l'abbé de Westminster en était occupé, les

grands seigneurs d'Angleterre, bien plus jaloux encore de leurs priviléges et de leurs prérogatives, qu'ils

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