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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

aux Dominicains. Saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure, général des Cordeliers, qui florissaient
dans la même université, entreprirent la défense des religieux par des écrits que l'un et l'autre publièrent.

Ce procès fut porté à Rome, et les deux parties furent entendues. Le livre du docteur Saint-Amour fut

condamné, et les docteurs des deux ordres furent rétablis en l'université dont ils avaient été exclus. Saint

Louis, par ses insinuations et son autorité, apaisa toutes les dissensions, et rendit la paix à l'université.

Ce pieux roi avait beaucoup de considération pour ces deux ordres, qui étaient les plus savans d'entre le
clergé, si cependant on peut appeler savans des hommes, dont toute la science consistait dans une

scolastique très-imparfaite. Les Jacobins surtout étaient dans sa plus grande familiarité; mais ce qui fait

voir combien ils manquaient de jugement, et combien peu ils étaient instruits de cette prudence sage et

éclairée, si nécessaire à ceux qui veulent conduire les autres (car ils étaient les seuls qui fussent appelés

aux conseils des princes, et choisis pour leurs confesseurs), c'est qu'ils avaient persuadé au roi de quitter

sa couronne pour prendre l'état monastique. Ils ne faisaient pas attention qu'ils auraient privé le royaume

d'un prince qui était le plus sage de tous les rois, et faisait le bonheur de ses peuples, et qu'ils auraient

livré l'état à la discrétion d'une reine sans expérience, et d'un roi qui n'avait pas encore douze ans.

Un jour qu'il s'entretenait avec eux du bonheur qu'avait eu Marie de porter le fils de Dieu dans ses chastes
flancs: «Sire, lui dit un de ces religieux, plus hardi que les autres, ne voudriez-vous pas en tenir autant

que la sainte Vierge en a renfermé dans son sein? Oui, sans doute, répondit le monarque. Vous savez,

seigneur, reprit le bon religieux, ce qui est dit dans l'Evangile: Si quelqu'un quitte son père ou sa mère, ou

sa femme, ou ses enfans ou ses biens, pour l'amour de moi, il recevra le centuple et possédera la vie

éternelle. Osez, sire, osez aspirer à ce dernier période de la perfection. Vous avez des héritiers capables

de bien gouverner votre royaume; votre bonheur jusqu'ici est d'avoir beaucoup souffert pour Dieu; on

vous a vu vingt fois exposer votre vie pour la gloire de son nom; il ne vous reste plus qu'à tout quitter

pour prendre la croix, c'est-à-dire, notre habit. Ainsi, de grade en grade, vous parviendrez au sacerdoce,

et vous mériterez de recevoir Jésus-Christ dans vos mains.»

Le roi, frappé de ce discours, demeura quelque temps comme enseveli dans une profonde rêverie; il
réfléchissait sur les dangers du monde et la grandeur des devoirs de la royauté, sur les douceurs

inestimables qu'on goûte dans la retraite. «Si ce que j'entends est vrai, dit-il, comme je le crois d'esprit et

de coeur, je suivrai votre conseil; mais je ne puis rien que du consentement de la reine: sa vertu et mes

engagemens vis-à-vis d'elle, ne me permettent pas de rien décider sans sa participation.»

Aussitôt il retourne au palais, se rend à l'appartement de la reine, lui ouvre son coeur sur la résolution où
il est de lui remettre et à ses enfans la couronne de France, lui représente qu'étant religieux et prêtre, il ne

cessera de prier le Seigneur pour eux et pour la prospérité de l'état, la conjure enfin, par tout ce qu'il y a

de plus sacré, de ne point s'opposer à l'accomplissement d'un dessein inspiré du Ciel.

Marguerite, frappée comme d'un coup de tonnerre, ne répondit rien; mais ayant fait venir ses enfans, elle
leur demanda, en présence du comte d'Anjou, leur oncle, qu'elle avait aussi mandé, s'ils aimaient mieux

être appelés fils de prêtre que fils de roi. Les princes, ne concevant rien à ce discours, elle ne les laissa

pas longtemps dans cet embarras. Apprenez, leur dit-elle, que les Jacobins ont tellement fasciné l'esprit

du roi votre père, qu'il veut abdiquer la royauté pour se faire prêcheur et prêtre. Le comte d'Anjou, à cette

nouvelle, entra en fureur, s'emporta jusqu'à l'insolence contre son frère, menaça les séducteurs des plus

terribles châtimens, et envoya de suite dans sa province d'Anjou faire défense de les laisser prêcher, et

même de leur distribuer aucune aumône.

Louis, fils aîné du monarque, ne fut pas plus maître de son ressentiment; il se répandit en discours si

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