bibliotheq.net - littérature française
 

Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

Senlis et Beaumont; mais le temps n'était pas encore arrivé où le sceptre castillan devait passer dans la
maison de France. Il était réservé à un des plus illustres descendans du saint roi, de l'affermir dans la

main d'un de ses petits-fils. On avait remis la célébration de ce mariage jusqu'à la seizième année du

jeune prince; il n'eut pas le bonheur d'atteindre cet âge.

Pieuses fondations de Louis.

Cependant on vit alors redoubler la ferveur du roi, sa piété et son exactitude dans les pratiques de
dévotion et de mortification. On le vit pourvoir avec la plus grande attention au soulagement des peuples,

en révoquant ou diminuant les impôts, que la nécessité des temps avait introduits; à l'honneur des

demoiselles, en mariant de ses propres deniers celles dont la pauvreté pouvait exposer la vertu; enfin, à

l'entretien des pauvres communautés religieuses, en leur faisant distribuer des aumônes dont le détail

serait infini.

Les Mathurins de Fontainebleau, les Jacobins, les Cordeliers et les Carmes de Paris, le reconnaissent
pour leur fondateur; honneur qu'ils partagent avec les abbayes de Royaumont, de Long-Champ, de Lis et

de Maubuisson, qu'il bâtit et dota avec une magnificence vraiment royale. Le château de Vauvert,

habitation des Chartreux de Paris, est encore l'ouvrage de sa libéralité, ainsi qu'une grande partie des

biens de cette maison.

C'est à cette pieuse profusion, que tant d'abbayes, de monastères et de maisons de piété, doivent leurs
établissemens et leurs revenus. Mais sa générosité s'étendait surtout aux hôpitaux; fondations d'autant

plus dignes d'un grand roi, que, malgré tous ses soins pour occuper ses sujets et leur procurer

l'abondance, les différens accidens de la vie ne font toujours que trop de malheureux. L'Hôtel-Dieu de

Paris existait depuis long-temps; cependant, comme la ville était fort augmentée depuis les conquêtes de

Philippe-Auguste, les anciennes salles ne suffisaient pas pour loger commodément les malades; Louis en

fit bâtir de nouvelles, et augmenta considérablement les revenus de la maison. Pontoise, Compiègne et

Vernon, lui doivent aussi ces hospices, où les pauvres et les malades trouvent un asile dans leur misère et

des remèdes à leurs maux. Ce fut encore dans ce même esprit, qu'il fonda ce fameux hôpital pour les

aveugles, dit depuis les Quinze-Vingts, parce qu'on les a réduits à ce nombre de trois cents, au lieu de

trois cent cinquante qu'ils étaient alors. On a voulu faire croire que cette fondation était pour des

gentilshommes auxquels les Sarrasins avaient crevé les yeux, et que saint Louis avait ramenés de la

Terre-Sainte; mais c'est une fausse tradition dont il n'est fait aucune mention dans les histoires de son

temps. Il suffisait d'être malheureux pour exciter la compassion et mériter les bienfaits de ce généreux

prince. Les commissaires qu'il avait envoyés dans les provinces, avaient aussi ordre de dresser un rôle

des pauvres laboureurs de chaque paroisse, qui ne pouvaient plus travailler à cause de leur vieillesse, et le

saint monarque se chargeait de veiller à leur subsistance. Ses ministres se plaignaient souvent qu'il faisait

de trop grandes charités; il les laissa murmurer sans vouloir rien changer à sa manière d'agir. «Il est

quelquefois nécessaire, disait-il, que les rois excèdent un peu dans la dépense; et s'il y a de l'excès, j'aime

mieux que ce soit en aumônes, qu'en choses superflues et mondaines.»

Ce fut dans le même temps que le saint roi, par son autorité et par celle du pape Alexandre IV, travailla à
terminer un différend qui s'était élevé durant son séjour en Palestine, dans l'université de Paris, et qui

avait causé de grands scandales.

Il avait pris naissance de la jalousie qui se mit entre les docteurs séculiers et les docteurs de l'ordre de
Saint-Dominique, contre lesquels Guillaume de Saint-Amour, théologien fameux en l'université, publia

un ouvrage intitulé: Des Périls des derniers temps. Les religieux de saint François se joignirent

< page précédente | 106 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.