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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

devoir prendre, parce que cette terre ayant été confisquée pour félonie sur Renaud, comte de Boulogne,
ensuite rendue à sa fille, en considération de son mariage avec Philippe de France, Renaud craignit que

cette grace ne s'étendît pas jusque sur les enfans d'Alix, soeur du rebelle. Mais le roi ni personne de sa

cour ne se souvenait de ces lettres: les sceaux en étaient brisés et rompus; il ne restait de la figure du

monarque que le bas des jambes; tout son conseil fut d'avis qu'on ne devait y avoir aucun égard. La

délicatesse de sa conscience ne lui permit pas de s'en tenir là. Il appelle Jean Sarrasin, son chambellan, et

lui ordonne de lui apporter des vieux sceaux, pour les confronter avec les restes de celui qu'on lui

représentait. On en trouva de parfaitement semblables. «Voilà, dit-il à ses ministres, le sceau dont je me

servois avant mon voyage d'outre-mer; ainsi, je n'oserois, selon Dieu et raison, retenir la terre de

Dammartin.» En même temps il fait venir Renaud: «Beau sire, lui dit-il, je vous rends le comté que vous

demandez.»

Rien n'était plus admirable que l'ordre qu'il avait mis dans sa maison. On y comptait, comme aujourd'hui,
un nombre considérable d'officiers, chambellans, pannetiers, échansons et autres dont on peut voir les

noms et les gages, dans une ordonnance rapportée par Ducange; mais, quoique fort grande, elle était

mieux réglée que celle d'un particulier. On n'aurait osé s'y attribuer ces profits criminels qui blessent

l'honneur et souillent la conscience. Chacun, content de ce qui lui revenait légitimement, ne s'occupait

qu'à remplir fidèlement ses devoirs: la crainte de déplaire à un maître, qui de temps en temps descendait

dans les plus petits détails, les obligeait d'être attentifs à leurs actions. Non qu'on pût l'accuser d'une

sordide épargne: «Il faisait, dit Joinville[1], une grande et large dépense, telle en un mot qu'il appartient à

un si grand roi. Lorsqu'il tenoit les parlemens ou états, tous les seigneurs, chevaliers et autres, étoient

servis à la cour plus splendidement que jamais n'avoient fait ses prédécesseurs; car il étoit fort libéral.»

Mais, dans la nécessité où il se trouvait par état de représenter, il ne s'en croyait pas moins obligé à une

prudente économie, pour ne point fouler ses sujets, qui veulent bien se gêner pour contribuer à la

magnificence du prince, mais qui souffrent toujours très-impatiemment que le tribut de leur amour

devienne la proie d'une foule de domestiques avides.

[Note 1: Joinville, p. 224.]

Mariage de Louis, fils aîné du roi.

Ces divers soins ne l'occupaient pas tellement, qu'il ne réservât la plus grande partie de son attention pour
les intérêts légitimes de son état et de sa famille. C'est ce qui lui fit rechercher pour Louis, son fils aîné,

Bérengère, fille d'Alphonse X, et présomptive héritière du royaume de Castille. On sait les justes

prétentions de Louis VIII sur cette couronne, dont il avait épousé l'héritière Blanche de Castille, mère de

saint Louis. Des circonstances particulières avaient empêché cette princesse de profiter de l'heureuse

disposition des Castillans à son égard. On prétend que le saint roi, son fils, ne prit le même parti que par

déférence pour la reine Blanche, sa mère.

Quoi qu'il en soit, cette nouvelle alliance, en réunissant tous ses droits, faisait cesser tous les sujets de
guerre. Louis envoya donc des ambassadeurs pour en faire la proposition: elle fut acceptée avec la plus

sensible joie. Aussitôt le prince Sanche, oncle de la princesse, le grand chambellan de Castille, et

plusieurs des principaux seigneurs de l'état partirent pour la France, munis de tous les pouvoirs pour

conclure une si belle union. On assura la couronne de Castille à Bérengère et à ses enfans, s'il arrivait que

le roi son père mourût sans enfans mâles. On prit même des précautions pour l'empêcher de rien aliéner

au préjudice de sa fille.

Louis, de son côté, promit à l'infante cinq mille livres pour son douaire, qui fut assigné sur le Valois,

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