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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

injustement dépouillés, les commissaires étaient embarrassés sur ce qu'ils devaient faire. Louis, dans
cette incertitude, se crut obligé d'avoir recours au pape, pour obtenir la permission de distribuer aux

pauvres la valeur du bien mal acquis; ce qui lui fut accordé par un bref du pape Alexandre IV, qui, rempli

des éloges du saint monarque, fait assez voir combien sa vertu était universellement reconnue[1].

[Note 1: Ducange, Observations sur Joinville, p. 117 et 118.]

Ce que ses lieutenans exécutaient au loin par ses ordres, il le faisait exécuter lui-même dans les lieux où
il se trouvait. La facilité de l'aborder, jointe à la certitude d'obtenir une prompte justice, lui donna

plusieurs fois occasion d'exercer cette première et la plus noble des fonctions de la royauté. Il avait

toujours auprès de lui un certain nombre de personnes en qui il avait confiance, entr'autres le sire de

Nesle, le comte de Soissons, le sire de Joinville, Pierre de Fontaine et Geoffroy de Villette, bailli de

Tours[1]. Ces bons seigneurs, dès qu'ils avaient ouï la messe, allaient chaque jour entendre le plaids de la

porte, ce qu'on a depuis appelé les requêtes du palais, et jugeaient sur-le-champ toutes les petites affaires.

Quand les parties n'étaient pas contentes, le monarque en prenait connaissance lui-même et décidait.

«Souvent j'ai vu, dit Joinville, que le bon saint, après la messe, alloit se promener au bois de Vincennes,

s'asseyoit au pied d'un chêne; nous faisoit prendre place auprès de lui, et donnoit audience à tous ceux qui

avaient à lui parler, sans qu'aucun huissier ou garde empêchât de l'approcher[2].» On le vit aussi

plusieurs fois venir au jardin de Paris, vêtu d'une cotte de camelot, avec un surcot de tiretaine sans

manches, et par-dessus un manteau de taffetas noir: là il faisait étendre des tapis pour s'asseoir avec ses

conseillers, et dépêchait son peuple diligemment. Deux fois par semaine il donnait audience dans

sa chambre; et, peu content d'expédier les parties, il les renvoyait souvent avec des instructions

importantes. Une femme de qualité, vieille et fort parée, lui demanda un entretien secret; il la fit entrer

dans son cabinet, où il n'y avait que son confesseur, et l'écouta aussi long-temps qu'elle voulut.

«Madame, lui dit-il, j'aurai soin de votre affaire, si de vôtre côté vous voulez avoir soin de votre salut. On

dit que vous avez été belle: ce temps n'est plus, vous le savez. La beauté du corps passe comme la fleur

des champs; on a beau faire, on ne la rappelle point: il faut songer à la beauté de l'ame, qui ne finira

point.» Ce discours fit impression. La dame s'habilla plus modestement dans la suite, et fit pénitence du

temps qu'elle avait perdu en de vains ajustemens.

[Note 1: Joinville, p. 12.]

[Note 2: Ibid., p. 13.]

On était toujours sûr du succès, même dans les affaires où le roi avait intérêt, lorsque la demande était
juste et fondée. Si l'équité ne parlait point en sa faveur, il était le premier à se condamner. Quand son

droit paraissait certain, il savait le maintenir; mais dans le doute il aimait mieux tout sacrifier, que de

courir risque de blesser la justice. Louis VII, en fondant les religieux de Grammont, leur avait donné un

bois dans le voisinage de leur monastère. Philippe-Auguste le trouva à sa bienséance, et ne fit point

difficulté de se l'approprier. Le saint roi, instruit de l'usurpation, ordonna de le restituer: ce qui fut

exécuté promptement. Un chevalier, nommé Raoul de Meulan, réclamait quelques droits sur des terres

situées aux environs d'Evreux: cette prétention était même tout son bien; mais elle ne se trouvait appuyée

d'aucune preuve suffisante. La noblesse et la pauvreté du gentilhomme y suppléèrent: Louis lui assigna

une rente de six cents livres sur d'autres biens en Normandie.

Arnaud de Trie redemandait le comté de Dammartin, que le roi retenait depuis la mort de la comtesse
Mathilde, quoiqu'il eût promis solennellement de ne point s'opposer à ce qu'il retournât aux héritiers

légitimes de la comtesse. On lui produisait des lettres-patentes à ce sujet; précaution qu'on avait cru

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