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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
pour pouvoir défendre son droit devant la cour du roi. Le comte obéit. Il ne restait plus qu'à instruire l'affaire; mais le gentilhomme ne trouvait ni procureurs, ni avocats, tant on redoutait le caractère violent du comte d'Anjou. Louis eut encore la bonté de lui en nommer d'office, et les fit jurer qu'ils conseilleraient le gentilhomme fidèlement. La question fut scrupuleusement examinée, le chevalier fut réintégré dans ses biens, et le frère du roi perdit son procès.
Jugement d'Enguerrand de Coucy.
Mais de tous ces exemples d'une justice inflexible et sévère, le plus frappant est celui qui fut fait sur Enguerrand de Coucy, fils de ce fameux Enguerrand qui s'était flatté de la couronne dans les premières années du règne de saint Louis, et qui était proche parent du roi. Ce jeune seigneur, héritier de tous les biens de son père, par le décès de son frère aîné, tué à Massoure, était d'un caractère violent et très-emporté. Il arriva que trois jeunes gentilshommes flamands, envoyés par leurs parens à l'abbaye de Saint-Nicolas-des-Bois, pour apprendre la langue française, allèrent un jour se promener hors du monastère, et s'amusèrent à tirer des lapins à coups de flèches. L'ardeur de la chasse les emporta jusque dans les bois de Coucy, où ils furent arrêtés par les gardes du comte, qui les fit pendre sur-le-champ, sans leur donner le temps de se préparer à une mort qu'ils ne croyaient guère avoir méritée. Louis en fut averti par l'abbé de Saint-Nicolas, et par le connétable Gilles-le-Brun, proche parent de ces malheureux étrangers. Touché d'une action si barbare, ce prince donna promptement ses ordres pour en faire informer. Le crime fut avéré, et Coucy assigné à comparaître devant les juges de la cour du roi. Il se présenta, mais sans vouloir répondre, sous prétexte qu'étant baron, il ne pouvait être jugé que par les pairs. On lui prouva, par d'anciens arrêts, que ses ancêtres n'avaient joui du droit de pairie qu'à titre de seigneurs de Boves et de Gournay: titres qui avaient passé aux cadets de sa maison; que l'hommage qu'ils lui en rendaient comme à leur aîné, ne changeait pas la nature des choses; que Coucy demeurait toujours un simple fief qui devait même un cens à l'abbaye de Saint-Rémy de Reims. Il fut donc arrêté et très-étroitement gardé dans la tour de Louvre, non par les pairs ou chevaliers, mais par les huissiers ou sergens du roi. Cette action de vigueur étonna tous les barons de France, la plupart parens ou alliés du coupable. Ils commencèrent à craindre pour sa vie. Louis voulait qu'il souffrît la peine du talion; il s'en expliquait ouvertement. Aussitôt ils s'assemblèrent, vinrent trouver le monarque, et lui demandèrent avec tant d'instance d'être du nombre des juges, qu'il ne put leur refuser cette grace, bien résolu de faire justice par lui-même, s'ils ne la faisaient pas.
L'assemblée fut nombreuse. On y vit le jeune Thibaut, roi de Navarre et comte de Champagne, le duc de Bourgogne, l'archevêque de Reims, la comtesse de Flandre, le comte de Bretagne, les comtes de Bar, de Soissons, de Blois, et quantité de seigneurs qui voulurent s'y trouver, moins cependant comme juges que comme intercesseurs. Le coupable, interrogé par le roi même, et presque convaincu, ne vit d'autre moyen d'éviter sa condamnation, que de demander de pouvoir prendre conseil de ses parens: ce qui lui fut accordé. Alors, ce qui prouve bien et la noblesse de sa maison, et la grandeur de ses alliances, tous les barons se levèrent et sortirent avec lui. Le monarque demeura seul avec son conseil.
Quelque temps après ils rentrèrent, ayant Coucy à leur tête. Ce seigneur nia le fait, offrit de s'en justifier par le duel, et protesta contre la voie d'information, qui, suivant les lois du royaume, ne pouvait avoir lieu à l'égard des barons, quand il s'agissait de leurs personnes ou de leur honneur. L'information était en effet une procédure peu commune alors, surtout vis-à-vis de la noblesse; mais Louis cherchait à l'établir, pour pouvoir abolir insensiblement celle du combat, qui lui semblait, à juste titre, un monstrueux brigandage.
Il répondit que «la preuve du duel n'étoit point recevable à l'égard des églises et des personnes sans appui qui seroient toujours dans l'oppression et sans espérance d'obtenir justice, faute de trouver des champions
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