|
Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
roi l'accompagna pendant la première journée de chemin; et, après avoir renouvelé les témoignages d'amitié qu'ils s'étaient donnés tant de fois l'un à l'autre, Henri continua sa route vers Boulogne. Après y avoir attendu quelques jours le temps favorable, il s'embarqua, arriva heureusement en Angleterre; et, quelque temps après, il se fit une prolongation de trève entre les deux couronnes.
Ce fut dans le même esprit de paix que l'année suivante le roi réconcilia le comte d'Anjou avec sa belle-mère, Béatrix, comtesse de Provence. Ils s'étaient brouillés au sujet de quelques forteresses de Provence que la comtesse retenait, et que le comte prétendait lui appartenir: on en était déjà venu aux hostilités. La comtesse avait eu recours au pape, qui avait nommé l'évêque du Belley pour juge du différent. Mais les deux parties s'en rapportèrent au roi; et ce prince, pour finir ce procès, ordonna au comte d'Anjou, son frère, d'acheter ces places, et lui fournit l'argent pour en faire le payement.
Les troubles continuent en Italie et en Allemagne.
Pendant ce même temps, l'Italie et l'Allemagne étaient dans la plus grande agitation par les guerres qui régnaient entre le pape et les successeurs de l'empereur Frédéric II, dans le détail desquelles je n'entrerai pas. Je dirai seulement que Louis, toujours le même, au milieu de tant de scandales causés par l'ambition de ceux qui y étaient intéressés, ne voulut point prendre de parti. Si son respect pour le Saint-Siége l'empêchait d'éclater contre tant d'excès, son amour pour la justice ne lui permettait pas de les favoriser, ni même de paraître les approuver. Il détournait les yeux de ces tristes objets pour ne s'occuper qu'à maintenir son royaume en paix, et à le purger des brigands qui l'infestaient.
Un gentilhomme, nommé Anseric, seigneur de Montréal, exerçait toutes sortes de violences en Bourgogne. Le roi, suivant les maximes du gouvernement féodal, ne pouvait en faire justice par lui-même. Il en écrivit fortement au duc de Bourgogne, dont le coupable relevait. Mais ce prince, trop indulgent pour un scélérat qui lui appartenait, se contenta de quelques remontrances qui ne remédièrent à rien. Le monarque, indigné d'une si lâche condescendance, dépêcha au duc deux de ses officiers, Dreux de Montigny et Jean de Cambray, pour lui porter les ordres les plus sévères d'assiéger Anseric jusque dans sa retraite: le duc n'osa plus résister. Montréal fut rasé, le tyran chassé; et comme il n'avait point d'enfans, le mal fut extirpé.
Quéribus, château situé en Languedoc, était le réceptacle d'une infinité de scélérats qui ravageaient la province, et semblaient braver toute justice et toute autorité. Louis, sur les plaintes qu'il en reçut, envoya des ordres pressans au sénéchal de Carcassonne, de monter promptement à cheval pour exterminer la place et les malfaiteurs auxquels elle servait de retraite. Pierre d'Auteuil, c'était le nom du sénéchal, fit sommer les prélats de la province de venir le joindre, ou du moins de lui donner du secours pour cette expédition. Ceux-ci prétendirent qu'ils n'étaient pas obligés de suivre le roi ni son ministre; mais que, par considération plutôt que par devoir, ils voulaient bien lui envoyer quelques troupes. Cette réserve déplut à la cour, qui fit examiner ces immunités prétendues. Il y a toute apparence que ces prélats fournirent les troupes qu'on leur demandait: car la forteresse fut emportée et détruite; ceux qui la défendaient furent punis comme ils le méritaient, et la tranquillité fut rétablie dans le Languedoc.
Le comte d'Anjou, frère du roi, avait un procès contre un simple gentilhomme de ses vassaux, pour la possession d'un certain château. Les officiers le jugèrent en faveur du prince. Le chevalier en appela à la cour du roi. Le comte, piqué de la hardiesse du gentilhomme, le fit mettre en prison. Le roi en fut averti, et manda sur-le-champ à son frère de venir le trouver. Croyez-vous, lui dit-il avec un visage sévère, qu'il doive y avoir plus d'un souverain en France, ou que vous soyez au-dessus des lois, parce que vous êtes mon frère? En même temps il lui ordonne de rendre la liberté à ce malheureux vassal,
|