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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

seigneurs mécontens, fut instruite, par ses espions et par les préparatifs que l'on faisait pour cette fête, de
ce qui se passait. Elle en prévit les suites, en instruisit le roi son fils, et l'engagea d'écrire au comte de

Champagne la lettre suivante, qu'elle lui fit remettre par Godefroi de la Chapelle, grand pannetier de

France[1]: «Sire Thibaud, j'ai entendu que vous avés convenance, et promis prendre à femme la fille du

comte de Bretagne: pourtant vous mande que si cher que avez, tout quant que amés au royaume de

France, ne le facez pas: la raison pour quoi, vous savés bien. Je jamais n'ai trouvé pis qui mal m'ait voulu

faire que lui.» Cette lettre, et d'autres choses importantes que Godefroi de la Chapelle était chargé de dire

au comte, de la part du roi, eurent leur effet. Thibaud changea de résolution, quelque avancée que fût

l'affaire; car il ne reçut cette lettre que lorsqu'il était déjà en chemin pour l'abbaye du Val-Secret, où ceux

qui étaient invités aux noces se rendaient de tous côtés. Il envoya sur-le-champ au comte de Bretagne et

aux seigneurs qui l'accompagnaient, pour les prier de l'excuser, s'il ne se rendait pas au Val-Secret, qu'il

avait des raisons de la dernière importance qui l'obligeaient de retirer la parole qu'il avait donnée au

comte de Bretagne, dont il ne pouvait épouser la fille. Aussitôt il retourna à Château-Thierry, où, peu de

temps après, il épousa Marguerite de Bourbon, fille d'Archambaud, huitième du nom.

[Note 1: Joinville, 2e partie.]

Ce changement et cette déclaration du comte de Champagne mirent les seigneurs invités dans une plus
grande fureur que jamais contre lui. La plupart de ceux qui devaient se trouver au mariage étaient

ennemis du roi et de la régente, et cette assemblée était moins pour la célébration des noces, que pour

concerter entre eux une révolte générale, dans laquelle ils s'attendaient bien à engager le comte de

Champagne. Ils prirent donc la résolution de lui faire la guerre à toute outrance; mais, pour y donner au

moins quelque apparence de justice, ils affectèrent de se déclarer protecteurs des droits qu'Alix, reine de

Chypre, cousine de Thibaud, prétendait avoir sur le comté de Champagne.

Ce fut donc sous le prétexte de protéger cette princesse dont les droits étaient fort incertains, qu'ils
attaquèrent tous ensemble le comte de Champagne, dans le dessein de l'accabler.

Ce fut alors que le comte de Boulogne, oncle du roi, se déclara ouvertement avec le comte Robert de
Dreux, le comte de Brienne, Enguerrand de Coucy, Thomas, son frère, Hugues, comte de Saint-Pol, et

plusieurs autres. Ayant assemblé toutes leurs troupes auprès de Tonnerre, ils entrèrent en Champagne

quinze jours après la saint Jean, mirent tout à feu et à sang, et vinrent se réunir auprès de Troyes, à

dessein d'en faire le siége, disant partout qu'ils voulaient exterminer celui qui avait empoisonné le feu roi:

car c'était encore un prétexte dont ils coloraient leur révolte.

Le comte de Champagne, n'étant pas assez fort pour résister à tant d'ennemis, parce que ses vassaux
étaient entrés dans la confédération, eut recours au roi, comme à son seigneur, et le conjura de ne le pas

abandonner à la haine de ses ennemis, qu'il ne s'était attirée que pour lui avoir été fidèle; et cependant il

fit lui-même détruire quelques-unes de ses places les moins fortes, pour empêcher les ennemis de s'y

loger. Le seigneur Simon de Joinville, père de l'auteur de l' Histoire de saint Louis, se jeta

pendant la nuit, avec beaucoup de noblesse, dans la ville de Troyes pour la défendre; et ce secours fit

reprendre coeur aux habitans qui parlaient déjà de se rendre.

Le roi, sur cet avis, envoya aussitôt commander, de sa part, aux confédérés de mettre bas les armes, et de
sortir incessamment des terres de Champagne. Ils étaient trop forts et trop animés pour obéir à un simple

commandement. Ils continuèrent leurs ravages; mais se voyant prévenus par le seigneur de Joinville, ils

s'éloignèrent un peu des murailles de Troyes, et allèrent se camper dans une prairie voisine, ayant le

jeune duc de Bourgogne à leur tête. Louis, qui avait bien prévu qu'il ne serait pas obéi, avait

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