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Pierre Loti - Pêcheur d'Islande
ramasseront les balais du retour.
Et Gaud se mettait à rire, elle aussi, plus animée et plus jolie, dans sa joie de l'attendre.
VI
Cependant les jours passaient.
Elle continuait de se mettre en toilette, de prendre un air gai, d'aller sur le port causer avec les autres. Elle disait que c'était tout naturel, ce retard. Est-ce que cela ne se voyait pas chaque année? Oh! d'abord, de si bons marins, et deux si bons bateaux!
Ensuite, rentrée chez elle, il lui venait le soir de premiers petits frissons d'anxiété, d'angoisse.
Est-ce que vraiment c'était possible qu'elle eût peur, si tôt?... Est-ce qu'il y avait de quoi?...
Et elle s'effrayait, d'avoir déjà peur...
VII
Le 10 du mois de septembre!... Comme les jours s'enfuyaient!
Un matin où il y avait déjà une brume froide sur la terre, un vrai matin d'automne, le soleil levant la trouva assise de très bonne heure sous le porche de la chapelle des naufragés, au lieu où vont prier les veuves; - assise, les yeux fixes, les tempes serrées comme dans un anneau de fer. Depuis deux jours, ces brumes tristes de l'aube avaient commencé, et ce matin-là Gaud s'était réveillée avec une inquiétude plus poignante, à cause de cette impression d'hiver... Qu'avait donc cette journée, cette heure, cette minute, de plus que les précédentes?... On voit très bien des bateaux retardés de quinze jours, même d'un mois.
Ce matin-là avait bien quelque chose de particulier, sans doute, puisqu'elle était venue pour la première fois s'asseoir sous ce porche de chapelle, et relire les noms des jeunes hommes morts.
En mémoire de GAOS, Yvon, perdu en mer aux environs de Norden-Fiord...
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Comme un grand frisson, on entendit une rafale de vent se lever de la mer, et en même temps, sur la voûte, quelque chose s'abattre comme une pluie: les feuilles mortes!... il en entra toute une volée sous ce porche; les vieux arbres ébouriffés du préau se dépouillaient, secoués par ce vent du large. - L'hiver qui venait!...
... perdu en mer aux environs de Norden-Fiord, dans l'ouragan deu 4 au 5 août 1880.
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Elle lisait machinalement, et, par l'ogive de la porte, ses yeux cherchaient au loin la mer: ce matin-là, elle était très vague, sous la brume grise, et une panne suspendue traînait sur les lointains comme un grand rideau de deuil.
Encore une rafale, et des feuilles mortes qui entraient en dansant. Une rafale plus forte, comme si ce vent d'ouest, qui avait jadis semé ces morts sur la mer, voulait encore tourmenter jusqu'à ces inscriptions qui rappelaient leurs noms aux vivants.
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