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Pierre Loti - Pêcheur d'Islande

IV

Elle travailla beaucoup pendant ces mois d'été. Les Paimpolaises, qui d'abord s'étaient méfiées de son
talent d'ouvrière improvisée, disant qu'elle avait de trop belles mains de demoiselle, avaient vu, au

contraire, qu'elle excellait à leur faire des robes qui avantageaient la tournure; alors elle était devenue

presque une couturière en renom.

Ce qu'elle gagnait passait à embellir le logis - pour son retour. L'armoire, les vieux lits à étagères, étaient
réparés, cirés, avec des ferrures luisantes; elle avait arrangé leur lucarne sur la mer avec une vitre et des

rideaux, acheté une couverture neuve pour l'hiver, une table et des chaises.

Tout cela, sans toucher à l'argent que son Yann lui avait laissé en partant et qu'elle gardait intact, dans
une petite boîte chinoise, pour lui montrer à son arrivée.

Pendant les veillées d'été, aux dernières clartés des jours, assise devant la porte avec la grand'mère
Yvonne dont la tête et les idées allaient sensiblement mieux pendant les chaleurs, elle tricotait pour Yann

un beau maillot de pêcheur en laine bleue; il y avait, aux bordures du col et des manches des merveilles

de points compliqués et ajourés; la grand'mère Yvonne, qui avait été jadis une habile tricoteuse, s'était

rappelé peu à peu ces procédés de sa jeunesse pour les lui enseigner. Et c'était un ouvrage qui avait pris

beaucoup de laine, car il fallait un maillot très grand pour Yann.

Cependant, le soir surtout, on commençait à avoir conscience de l'accourcissement des jours. Certaines
plantes, qui avaient donné toute leur pousse en juillet, prenaient déjà un air jaune, mourant, et les

scabieuses violettes refleurissaient au bord des chemins, plus petites sur de plus longues tiges; enfin les

derniers jours d'août arrivèrent, et un premier navire islandais apparut un soir, à la pointe de Pors-Even.

La fête du retour était commencée.

On se porta en masse sur la falaise pour le recevoir; - lequel etait-ce?

C'était le Samuel-Azénide; - toujours en avance celui-là.

- Pour sûr, disait le vieux père d'Yann, la Léopoldine ne va pas tarder; là-bas, je connais ça,
quand un commence à partir les autres ne tiennent plus en place.

V

Ils revenaient, les Islandais. Deux la seconde journée, quatre le surlendemain, et puis douze la semaine
suivante. Et, dans le pays, la joie revenait avec eux, et c'était fête chez les épouses, chez les mères: fête

aussi dans les cabarets, où les belles filles paimpolaises servent à boire aux pêcheurs.

Le Léopoldine restait du groupe des retardataires; il en manquait encore dix. Cela ne pouvait
tarder, et Gaud, à l'idée que, dans un delai extrême de huit jours qu'elle se donnait pour ne pas avoir de

déception, Yann serait là, Gaud était dans une délicieuse ivresse d'attente, tenant le ménage bien en ordre,

bien propre et bien net, pour le recevoir.

Tout rangé, il ne lui restait rien à faire, et d'ailleurs elle commençait à n'avoir plus la tête à grand'chose
dans son impatience.

Trois des retardataires arrivèrent encore, et puis cinq. Deux seulement manquaient toujours à l'appel.

- Allons, lui disait-on en riant, cette année, c'est la Léopoldine ou la Marie-Jeanne qui

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