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Pierre Loti - Pêcheur d'Islande
Voir le soleil à minuit!... Comme ça devait être loin, cette île d'Islande. Et les fiords? Gaud avait lu ce mot inscrit plusieurs fois parmi les noms des morts dans la chapelle des naufragés; il lui faisait l'effet de désigner une chose sinistre.
- Les fiords, répondait Yann, - des grandes baies, comme ici celle de Paimpol par exemple; seulement il y a autour des montagnes si hautes, si hautes, qu'on ne voit jamais où elles finissent, à cause des nuages qui sont dessus. Un triste pays, va, Gaud, je t'assure. Des pierres, des pierres, rien que des pierres, et les gens de l'île ne connaissent point ce que c'est que les arbres. A la mi-août, quand notre pêche est finie, il est grand temps de repartir, car alors les nuits commencent, et elles allongent très vite; le soleil tombe au-dessous de la terre sans pouvoir se relever, et il fait nuit chez eux, là-bas, pendant tout l'hiver.
- Et puis, disait-il, il y a aussi un petit cimetière, sur la côte, dans un fiord, tout comme chez nous, pour ceux du pays de Paimpol qui sont morts pendant les saisons de pêche, ou qui sont disparus en mer; c'est en terre bénite aussi bien qu'à Pors-Even, et les défunts ont des croix en bois toutes pareilles à celles d'ici, avec leurs noms écrits dessus. Les deux Goazdiou, de Ploubazlanec, sont là, eut aussi Guillaume Moan, le grand-père de Sylvestre.
Et elle croyait le voir, ce petit cimetière au pied des caps désolés, sous la pâle lumière rose de ces jours ne finissant pas. Ensuite, elle songeait à ces mêmes morts sous la glace et sous le suaire noir de ces nuits longues comme les hivers.
- Tout le temps, tout le temps pêcher? Demandait-elle, sans se reposer jamais?
- Tout le temps. Et puis il y a la manoeuvre à faire, car la mer n'est pas toujours belle par là. Dame! on est fatigué le soir, ça donne appétit pour souper et, des jours, l'on dévore.
- Et on ne s'ennuie jamais?
- Jamais! Dit-il, avec un air de conviction qui lui fit mal; à bord, au large, moi, le temps ne me dure pas, jamais!
Elle baissa la tête, se sentant plus triste, plus vaincue par la mer.
Cinquième partie.
I
... A la fin de cette journée de printemps qu'ils avaient eue, la nuit tombante ramena le sentiment de l'hiver et ils rentrèrent dîner devant leur feu, qui était une flambée de branchages.
Leur dernier repas ensemble!... Mais ils avaient encore toute une nuit à dormir entre les bras l'un de l'autre, et cette attente les empêchait d'être déjà tristes.
Après dîner, ils retrouvèrent encore un peu l'impression douce du printemps, quand ils furent dehors sur la route de Pors-Even: l'air était tranquille, presque tiède et un reste de crépuscule s'attardait à traîner sur la campagne.
Ils allèrent faire visite à leurs parents, pour les adieux de Yann, et revinrent de bonne heure se coucher, ayant le projet de se lever tous deux au petit jour.
II
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