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Pierre Loti - Pêcheur d'Islande

Elle aussi l'embrassa, appuyant de tout son coeur ses lèvres fraîches, inhabiles aux raffinements des
caresses, sur cette joue de son fiancé que la mer avait dorée. Dans les pierres du mur, le grillon leur

chantait le bonheur; il tombait juste, cette fois, par hasard. Et le pauvre petit portrait de Sylvestre avait un

air de leur sourire, du milieu de sa couronne noire. Et tout paraissait s'être subitement vivifié et rajeuni

dans la chaumière morte. Le silence s'était rempli de musique inouïes; même le crépuscule pâle d'hiver,

qui entrait par la lucarne, était devenu comme une belle lueur enchantée...

- Alors, c'est au retour d'Islande que vous allez faire ça, mes bons enfants?

Gaud baissa la tête. L'Islande, la Léopoldine, - c'est vrai, elle avait déjà oublié ces épouvante
dressées sur la route. - Au retour d'Islande!... comme se serait long, encore tout cet été d'attente craintive.

Et Yann, battant le sol du bout de son pied, à petits coups rapides, devenu for pressé lui aussi, comptait

en lui-même très vite, pour voir si, en se

dépêchant bien, on n'aurait pas le temps de se marier avant ce départ: tant de jours pour réunir les
papiers, tant de jours pour publier les bans à l'église; oui, cela ne mènerait jamais qu'au 20 ou 25 du mois

pour les noces, et, si rien n'entravait, on aurait donc encore une grande semaine à rester ensemble après.

- Je m'en vais toujours commencer par prévenir notre père, dit-il, avec autant de hâte que si les minutes
mêmes de leur vie étaient maintenant mesurées et précieuses...

Quatrième partie.

I

Les amoureux aiment toujours beaucoup s'asseoir ensemble sur les bancs, devant les portes, quand la nuit
tombe.

Yann et Gaud pratiquaient cela, eux aussi. Chaque soir, c'était à la porte de la chaumière des Moan, sur le
vieux banc de granit, qu'ils se faisaient leur cour.

D'autres ont le printemps, l'ombre des arbres, les soirées tièdes, les rosiers fleuris. Eux n'avaient rien que
des crépuscules de février descendant sur un pays marin, tout d'ajoncs et de pierres. Aucune branche de

verdure au-dessus de leur tête, ni alentour, rien que le ciel immense, où passaient lentement des brumes

errantes. Et pour fleurs, des algues brunes, que les pêcheurs, en remontant de la grève, avaient entraînées

dans le sentier avec leurs filets.

Les hivers ne sont pas rigoureux dans cette région tiédie par des courants de la mer; mais c'est égal, ces
crépuscules amenaient souvent des humidités glacées et d'imperceptibles petites pluies qui se déposaient

sur leurs épaules.

Ils restaient tout de même, se trouvant très bien là. Et ce banc, qui avait plus d'un siècle, ne s'étonnait pas
de leur amour, en ayant déjà vu bien d'autres; il en avait bien entendu, des douces paroles, sortir, toujours

les mêmes, de génération en génération, de la bouche des jeunes, et il était habitué à voir les amoureux

revenir plus tard, changés en vieux branlants et en vieilles tremblotantes, s'asseoir à la même place, -

mais dans le jour alors pour respirer encore un peu d'air et se chauffer à leur dernier soleil...

De temps en temps, la grand'mère Yvonne mettait la tête à la porte pour les regarder. Non pas qu'elle fût
inquiète de ce qu'ils faisaient ensemble, mais par affection seulement, pour le plaisir de les voir, et aussi

pour essayer de les faire rentrer. Elle disait:

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