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Pierre Loti - Pêcheur d'Islande

Circé tenant un blocus. C'était le bateau auquel il se savait depuis longtemps destinés, et on l'y
déposa avec son sac.

Il y retrouva des pays même deux Islandais qui pour le moment étaient canonniers.

Le soir, par ces temps toujours chauds et tranquilles où il l'y avait rien à faire, ils se réunissaient sur le
pont, isolés des autres, pour former ensemble une petite Bretagne de souvenir.

Il dut passer cinq mois d'inaction et d'exil dans cette baie triste, avant le moment désiré d'aller se battre.

XI

. . . . . . . . . . . . . . Paimpol, - le dernier jour de février, - veille du départ des pêcheurs pour l'Islande.

Gaud se tenait debout contre la porte de sa chambre, immobile et devenue très pâle.

C'est que Yann était en bas, à causer avec son père. Elle l'avait vu venir, et elle entendait vaguement
résonner sa voix.

Ils ne s'étaient pas rencontrés de tout l'hiver, comme si une fatalité les eût toujours éloignés l'un de
l'autre.

Après sa course à Pors-Even, elle avait fondé quelque espérance sur le pardon des Islandais,
l'on a beaucoup d'occasions de se voir et de causer, sur la place, le soir, dans les groupes. Mais, dès le

matin de cette fête, les rues étant déjà tendues de blanc, ornées de guirlandes vertes, une mauvaise pluie

s'était mise à tomber à torrents, chassée de l'ouest par une brise gémissante; sur Paimpol, on n'avait

jamais vu le ciel si noir. "Allons, ceux de Ploubazlanec ne viendront pas," avaient dit tristement les filles

qui avaient leurs amoureux de ce côté-là. Et, en effet, ils n'étaient pas venus, ou bien s'étaient vite

enfermés à boire. Pas de procession, pas de promenade, et elle, le coeur plus serré que de coutume, était

restée derrière ses vitres toute la soirée, écoutant ruisseler l'eau des toits et monter du fond des cabarets

les chants bruyants des pêcheurs.

Depuis quelques jours, elle avait prévu cette visite d'Yann, se doutant bien que, pour cette affaire de
vente de barque non encore réglée, le père Gaos, qui n'aimait pas venir à Paimpol, enverrait son fils.

Alors elle s'était promis qu'elle irait à lui, ce que les filles ne font pas d'ordinaire, qu'elle lui parlerait pour

en avoir le coeur net. Elle lui reprocherait de l'avoir troublée, puis abandonnée, à la manières de garçons

qui n'ont pas d'honneur. Entêtement, sauvagerie, attachement au métier de la mer, ou crainte d'un refus...

si tous ces obstacles indiqués par Sylvestre étaient les seuls, ils pourraient bien tomber, qui sait! après un

entretien franc comme serait le leur. Et alors, peut-être, reparaîtrait son beau sourire qui arrangerait tout, -

ce même sourire qui l'avait tant surprise et charmée l'hiver d'avant, pendant une certaine nuit de bal

passée tout entière à valser entres ses bras. Et cet espoir lui rendait du courage, l'emplissait d'une

impatience presque douce.

De loin, tout paraît toujours si facile, si simple à dire et à faire.

Et, précisément, cette visite d'Yann tombait à une heure choisie: elle était sûre que son père, en ce
moment assis à fumer, ne se dérangerait pas pour le reconduire; donc, dans le corridor où il n'y aurait

personne, elle pourrait avoir enfin son explication avec lui.

Mais voici qu'à présent, le moment venu, cette hardiesse lui semblait extrême. L'idée seulement de le

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