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Pierre Loti - Pêcheur d'Islande
Et, par ce couvercle un instant entr'ouvert, cette lueur si pâle qui était entrée ressemblait bien à celle du jour. - "Bientôt minuit..." Cependant c'était bien comme une lueur de soleil, comme une lueur crépusculaire renvoyée de très loin par des miroirs mystérieux.
Le trou refermé, la nuit revint, la petite lampe se remit à briller jaune, et on entendit l'homme descendre avec de gros sabots par une échelle de bois.
Il entra, obligé de se courber en deux comme un gros ours, car il était presque un géant. Et d'abrod il fit une grimace en se pinçant le bout du nez à cause de l'odeur âcre de la saumure.
Il dépassait un peu trop les proportions ordinaires des hommes, surtout par sa carrure qui était droite comme une barre; quand il se présentait de face, les muscles de ses épaules, dessinés sous son tricot bleu, formaient comme deux boules en haut de ses bras. Il avait de grands yeux bruns très mobiles, à l'expression sauvage et superbe.
Sylvestre, passant ses bras autour de ce Yann, l'attira contre lui par tendresse, à la façon des enfants; il était fiancé à sa soeur et le traitait comme un grand frère. L'autre se laissait caresser avec un air de lion câlin, en répondant par un bon sourire à dents blanches.
Ses dents, qui avaient eu chez lui plus de place pour s'arranger que chez les autres hommes, étaient un peu espacées et semblaient toutes petites. Ses moustaches blondes étaient assez courtes, bien que jamais coupées; elles étaient frisées très serré en eux petits rouleaux symétriques au-dessus de ses lèvres qui avaient des contours fins et exquis; et puis elles s'ébouriffaient aux deux bouts, de chaque côté des coins profonds de sa bouche. Le reste de sa barbe était tondu ras, et ses joues colorées avaient gardé un velouté frais, comme celui des fruits que personne n'a touchés.
On remplit de nouveau les verres, quand Yann fut assis, et on appela le mousse pour rebourrer les pipes et les allumer.
Cet allumage était une manière pour lui de fumer un peu. C'était un petit garçon robuste, à la figure ronde, un peu le cousin de tous ces marins qui étaient plus ou moins parents entre eux; en dehors de son travail assez dur, il était l'enfant gâté du bord. Yann le fit boire dans son verre, et puis on l'envoya se coucher.
Après, on reprit la grande conversation des mariages:
- Et toi, Yann, demanda Sylvestre, quand est-ce ferons-nous tes noces?
- Tu n'as pas honte, dit le capitaine, un homme si grand comme tu es, à vingt-sept ans, pas marié encore! Les filles, qu'est-ce qu'elles doivent penser quand elles le voient?
Lui répondit, en secouant d'un geste très dédaigneux pour les femmes ses épaules effrayantes:
- Mes noces à moi, je les fais à la nuit; d'autre fois, je les fais à l'heure; c'est suivant.
Il venait de finir ses cinq années de service à l'État, ce Yann. Et c'est là, comme matelot canonnier de la flotte, qu'il avait appris à parler le français et à tenir des propos sceptiques. - Alors il commença de raconter ses noces dernières qui, paraît-il, avaient duré quinze jours.
C'était à Nantes, avec une chanteuse. Un soir, revenant de la mer, il était entré un peu gris dans un Alcazar. Il y avait à la porte une femme qui vendait des bouquets énormes aux prix d'un louis de vingt
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