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Pierre Loti - Pêcheur d'Islande
Embarrassée de son billet, de son panier de provisions, de ses mitaines, agitée, tremblante, elle lui faisait ses recommandations dernières auxquelles il répondait tout bas par de petits oui bien soumis, la tête penchée tendrement vers elle, la regardant avec ses bons yeux doux, son air de petit enfant.
- Allons, la vieille, il faut vous décider si vous voulez partir!
La machine sifflait. Prise de la frayeur de manquer le train, elle lui enleva des mains son carton; - puis laissa tomber la chose à terre, pour se pendre à son cou dans un embrassement suprême.
On les regardait beaucoup dans cette gare, mais ils ne donnaient plus envie de sourire à personne. Poussée par les employés, épuisée, perdue, elle se jeta dans le premier compartiment venu, dont on lui referma brusquement la portière sur les talons, tandis que, lui, prenait sa course légère de matelot, décrivait une courbe d'oiseau qui s'envole, afin de faire le tour et d'arriver à la barrière, dehors, à temps pour la voir passer.
Un grand coup de sifflet, l'ébranlement bruyant des roues, - la grand'mère passa. - Lui, contre cette barrière, agitait avec une grâce juvénile son bonnet à rubans flottants, et elle, penchée à la fenêtre de son wagon de troisième, faisant signe avec son mouchoir pour être mieux reconnue. Si longtemps qu'elle put, si longtemps qu'elle distingua cette forme bleu-noir qui était encore son petit-fils, elle le suivait des yeux, lui jetant de toute son âme cet "au revoir" toujours incertain que l'on dit aux marins quand ils s'en vont.
Regarde-le bien, pauvre vieille femme, ce petit Sylvestre; jusqu'à la dernière minute, suis bien sa silhouette fuyante, qui s'efface là-bas pour jamais...
Lui, s'en retournant lentement, tête baissée, avec de grosses larmes descendant sur ses joues. La nuit d'automne était venue, le gaz allumé partout, la fête des matelots commencée. Sans prendre garde à rien, il traversa Brest, puis le pont de Recouvrance, se rendant au quartier.
- "Écoute ici, joli garçon," disaient déjà des vois enrouées de ces dames qui avaient commencé leurs cent pas sur les trottoirs.
Il rentra se coucher dans son hamac, et pleura tout seul, dormant à peine jusqu'au matin.
IX
. . . . . . . . . . . . . . ...Il avait pris le large, emporté très vite sur des mers inconnues, beaucoup plus bleues que celle de l'Islande.
Le navire qui le conduisait en extrême Asie avait ordre de se hâter, de brûler les relâches.
Déjà il avait conscience d'être bien loin, à cause de cette vitesse qui était incessante, égale, qui allait toujours, presque sans souci du vent ni de la mer. Etant gabier, il vivait dans sa mâture, perché comme un oiseau, évitant ces soldats entassés sur le pont, cette cohue d'en bas.
On s'était arrêté deux fois sur la côte de Tunis, pour prendre encore des zouaves et des mulets; de très loin il avait aperçu des villes blanches sur des sables ou des montagnes. Il était même descendu du sa hune pour regarder curieusement des hommes très bruns, drapés de voiles blancs, qui étaient venus dans des barques pour vendre des fruits: les autres lui avaient dit que c'étaient ça, les Bédouins.
Cette chaleur et ce soleil, qui persistaient toujours, malgré la saison d'automne, lui donnaient l'impression
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