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Pierre Loti - Pêcheur d'Islande

Plus de lente dérive, ils avaient endu leurs voiles à la fraîche brise nouvelle et se donnaient de la vitesse
pour s'approcher.

L'Islande, assez lointaine, était apparue aussi, avec un air de vouloir s'approcher comme eux; elle
montrait de plus en plus nettement ses grandes montagnes de pierres nues, - qui n'ont jamais été éclairée

que par côté, par en dessous et comme à regret. Elle se continuait même par une autre Islande de couleur

semblable qui s'accentuait peu à peu; - mais qui était chimérique, celle-ci, et dont les montagnes plus

gigantesques n'étaient qu'une condensation de vapeurs. Et le soleil, toujours bas et traînant, incapable de

monter aud-dessus des choses, se voyait à travers cette illusion d'île, tellement, qu'il paraissait posé

devant et que c'était pour les yeux un aspect incompréhensible. Il n'avait plus de halo, et son disque rond

ayant repris des contours très accusés, il semblait plutôt quelque pauvre planète jaune, mourante, qui se

serait arrêtée là, indécise, au milieu d'un chaos...

Le croiseur, qui avait stoppé, était entouré maintenant de la pléiade des Islandais. De tous ces navires se
détachaient des barques, en coquille de noix, lui amenant à bord des hommes rudes aux longues barbes,

dans des accoutrements assez sauvage.

Ils avaient tous quelque chose à demander, un peu comme les enfants, des remèdes pour des petites
blessures, des réparations, des vivres, des lettres.

D'autres venaient de la part de leurs capitaines se faire mettre aux fers, pour quelque mutinerie à expier;
ayant tous été au service de l'État, ils trouvaient la chose bien naturelle. Et quand le faux-pont étroit du

croiseur fut encombré par quatre ou cinq de ces grands garçons étendus la boucle au pied, le vieux maître

qui les avait cadenassés leur dit: "Couche-toi de travers, donc, mes fils, qu'on puisse passer," ce qu'ils

firent docilement, avec un sourire.

Il y avait beaucoup de lettres cette fois, pour ces Islandais. Entre autres, deux pour la Marie, capitaine
Guermeur,
l'une à monsieur Gaos, Yann, la seconde à monsieur Moan, Sylvestre
(celle-ci arrivée par le Danemark à Reickavick, où le croiseur l'a'ait prise).

Le vaguemestre, puisant dans son sac en toile à voile, leur faisait la distribution, ayant quelque peine
souvent à lire les adresses qui n'étaient pas toutes mises par de mains très habiles.

Et le commandant disait:

- Dépêchez-vous, dépêchez-vous, le baromètre baisse.

Il s'ennuyait un peu de voir toutes ces petites coquilles de noix amenées à la mer, et tant de pêcheurs
assemblés dans cette région peu sûre.

Yann et Sylvestre avaient l'habitude de lire leurs lettres ensemble.

Cette fois, ce fut au soleil de minuit, qui les éclairait du haut de l'horizon toujours avec son même aspect
d'astre mort.

Assis tous deux à l'écart, dans un coin du pont, les bras enlacés et se tenant par les épaules, ils lisaient
très lentement, comme pour se mieux pénétrer des choses du pays qui leur étaient dites.

Dans la lettre d'Yann, Sylvestre trouva des nouvelles de Marie Gaos, sa petite fiancée; dans celle de
Sylvestre, Yann lut les histoires drôles de la vieille grand'mère Yvonne, qui n'avait pas sa pareille pour

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