bibliotheq.net - littérature française
 

Pierre Corneille - Le Cid

Je n'ose en espérer qu'une joie imparfaite.
Ma gloire et mon amour ont pour moi tant d'appas,

Que je meurs s'il s'achève ou ne s'achève pas.

LÉONOR
Madame, après cela je n'ai rien à vous dire,
Sinon que de vos maux avec vous je soupire ;

Je vous blâmais tantôt, je vous plains à présent.

Mais puisque dans un mal si doux et si cuisant

Votre vertu combat et son charme et sa force,

En repousse l'assaut, en rejette l'amorce,

Elle rendra le calme à vos esprits flottants.

Espérez donc tout d'elle, et du secours du temps,

Espérez tout du ciel, il a trop de justice

Pour laisser la vertu dans un si long supplice.

L'INFANTE
Ma plus douce espérance est de perdre l'espoir.

LE PAGE
Par vos commandements Chimène vient vous voir.

L'INFANTE

, (à Léonor)

Allez l'entretenir en cette galerie.

LÉONOR
Voulez-vous demeurer dedans la rêverie ?

L'INFANTE
Non, je veux seulement, malgré mon déplaisir,
Remettre mon visage un peu plus à loisir.

Je vous suis. Juste ciel, d'où j'attends mon remède,

Mets enfin quelque borne au mal qui me possède,

Assure mon repos, assure mon honneur.

Dans le bonheur d'autrui je cherche mon bonheur,

Cet hyménée à trois également importe ;

Rends son effet plus prompt, ou mon âme plus forte.

D'un lien conjugal joindre ces deux amants,

C'est briser tous mes fers et finir mes tourments.

Mais je tarde un peu trop, allons trouver Chimène,

Et par son entretien soulager notre peine.

SCÈNE III - LE COMTE, DON DIÈGUE

< page précédente | 6 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.