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Pierre Corneille - Le Cid
CHIMÈNE, ELVIRE CHIMÈNE Sire, il n'est plus besoin de vous dissimuler Ce que tous mes efforts ne vous ont pu celer. J'aimais, vous l'avez su ; mais, pour venger mon père, J'ai bien voulu proscrire une tête si chère : Votre majesté, sire, elle-même a pu voir Comme j'ai fait céder mon amour au devoir. Enfin Rodrigue est mort, et sa mort m'a changée D'implacable ennemie en amante affligée. J'ai dû cette vengeance à qui m'a mise au jour, Et je dois maintenant ces pleurs à mon amour. Don Sanche m'a perdue en prenant ma défense, Et du bras qui me perd je suis la récompense ! Sire, si la pitié peut émouvoir un roi, De grâce, révoquez une si dure loi ; Pour prix d'une victoire où je perds ce que j'aime, Je lui laisse mon bien ; qu'il me laisse à moi-même ; Qu'en un cloître sacré je pleure incesssamment, Jusqu'au dernier soupir, mon père et mon amant.
DON DIÈGUE Enfin elle aime, sire, et ne croit plus un crime D'avouer par sa bouche un amour légitime.
DON FERNAND Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort, Et don Sanche vaincu t'a fait un faux rapport.
DON SANCHE Sire, un peu trop d'ardeur, malgré moi l'a déçue : Je venais du combat lui raconter l'issue. Ce généreux guerrier, dont son coeur est charmé, « Ne crains rien, m'a-t-il dit, quand il m'a désarmé : Je laisserais plutôt la victoire incertaine, Que de répandre un sang hasardé pour Chimène ; Mais puisque mon devoir m'appelle auprès du roi, Va de notre combat l'entretenir pour moi, De la part du vainqueur lui porter ton épée. » Sire, j'y suis venu : cet objet l'a trompée ; Elle m'a cru vainqueur, me voyant de retour, Et soudain sa colère a trahi son amour Avec tant de transport et tant d'impatience, Que je n'ai pu gagner un moment d'audience. Pour moi, bien que vaincu, je me répute heureux ; Et malgré l'intérêt de mon coeur amoureux,
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