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Pierre Corneille - Le Cid
Puisque pour me punir le destin a permis Que l'amour dure même entre deux ennemis.
SCÈNE III - L'INFANTE, LÉONOR L'INFANTE Où viens-tu, Léonor ?
LÉONOR Vous applaudir, madame, Sur le repos qu'enfin a retrouvé votre âme.
L'INFANTE D'où viendrait ce repos dans un comble d'ennui ?
LÉONOR Si l'amour vit d'espoir, et s'il meurt avec lui, Rodrigue ne peut plus charmer votre courage. Vous savez le combat où Chimène l'engage ; Puisqu'il faut qu'il y meure, ou qu'il soit son mari, Votre espérance est morte, et votre esprit guéri.
L'INFANTE Ah ! qu'il s'en faut encor !
LÉONOR Que pouvez-vous prétendre?
L'INFANTE Mais plutôt quel espoir me pourrais-tu défendre ? Si Rodrigue combat sous ces conditions, Pour en rompre l'effet j'ai trop d'inventions. L'amour, ce doux auteur de mes cruels supplices, Aux esprits des amants apprend trop d'artifices.
LÉONOR Pourrez-vous quelque chose, après qu'un père mort N'a pu dans leurs esprits allumer de discord ? Car Chimène aisément montre, par sa conduite, Que la haine aujourd'hui ne fait pas sa poursuite. Elle obtient un combat, et pour son combattant C'est le premier offert qu'elle accepte à l'instant : Elle n'a point recours à ces mains généreuses Que tant d'exploits fameux rendent si glorieuses ; Don Sanche lui suffit, et mérite son choix Parce qu'il va s'armer pour la première fois ; Elle aime en ce duel son peu d'expérience ;
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