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Pierre Corneille - Le Cid
Adieu : ce mot lâché me fait rougir de honte.
DON RODRIGUE Est-il quelque ennemi qu'à présent je ne dompte ? Paraissez, Navarrais, Maures et Castillans, Et tout ce que l'Espagne a nourri de vaillants ; Unissez-vous ensemble, et faites une armée, Pour combattre une main de la sorte animée : Joignez tous vos efforts contre un espoir si doux ; Pour en venir à bout, c'est trop peu que de vous.
SCÈNE II - L'INFANTE L'INFANTE T'écouterai-je encor, respect de ma naissance, Qui fais un crime de mes feux ? T'écouterai-je, amour, dont la douce puissance Contre ce fier tyran fait révolter mes voeux ? Pauvre princesse, auquel des deux Dois-tu prêter obéissance ? Rodrigue, ta valeur te rend digne de moi ; Mais, pour être vaillant, tu n'es pas fils de roi.
Impitoyable sort, dont la rigueur sépare Ma gloire d'avec mes désirs, Est-il dit que le choix d'une vertu si rare Coûte à ma passion de si grands déplaisirs ? Ô cieux ! à combien de soupirs Faut-il que mon coeur se prépare, Si jamais il n'obtient sur un si long tourment Ni d'éteindre l'amour, ni d'accepter l'amant ?
Mais c'est trop de scrupule, et ma raison s'étonne Du mépris d'un si digne choix : Bien qu'aux monarques seuls ma naissance me donne, Rodrigue, avec honneur je vivrai sous tes lois. Après avoir vaincu deux rois, Pourrais-tu manquer de couronne ? Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner Ne fait-il pas trop voir sur qui tu dois régner ?
Il est digne de moi, mais il est à Chimène ; Le don que j'en ai fait me nuit. Entre eux la mort d'un père a si peu mis de haine, Que le devoir du sang à regret le poursuit : Ainsi n'espérons aucun fruit De son crime, ni de ma peine,
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