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Pierre Corneille - Le Cid
L'INFANTE Mets la main sur mon coeur, Et vois comme il se trouble au nom de son vainqueur, Comme il se reconnait.
LÉONOR Pardonnez-moi, madame, Si je sors du respect pour blâmer cette flamme, Une grande princesse à ce point s'oublier Que d'admettre en son coeur un simple cavalier ! Et que dirait le roi, que dirait la Castille ? Vous souvient-il encore de qui vous êtes fille ?
L'INFANTE Il m'en souvient si bien que j'épandrai mon sang, Avant que je m'abaisse à démentir mon rang. Je te répondrais bien que dans les belles âmes Le seul mérite a droit de produire des flammes ; Et si ma passion cherchait à s'excuser, Mille exemples fameux pourraient l'autoriser : Mais je n'en veux point suivre où ma gloire s'engage ; La surprise des sens n'abat point mon courage ; Et je me dis toujours qu'étant fille de roi Tout autre qu'un monarque est indigne de moi. Quand je vis que mon coeur ne pouvait se défendre, Moi-même je donnai ce que je n'osais prendre. Je mis, au lieu de moi, Chimène en ses liens, Et j'allumai leurs feux pour éteindre les miens. Ne t'étonne donc plus si mon âme gênée Avec impatience attend leur hyménée ; Tu vois que mon repos en dépend aujourd'hui. Si l'amour vit d'espoir, il perit avec lui ; C'est un feu qui s'éteint, faute de nourriture ; Et malgré la rigueur de ma triste aventure, Si Chimène a jamais Rodrigue pour mari Mon espérance est morte, et mon esprit guéri. Je souffre cependant d'un tourment incroyable. Jusques à cet hymen Rodrigue m'est aimable : Je travaille à le perdre, et le perds à regret; Et de là prend son cours mon déplaisir secret. Je vois avec chagrin que l'amour me contraigne À pousser des soupirs pour ce que je dédaigne ; Je sens en deux partis mon esprit divisé. Si mon courage est haut, mon coeur est embrasé. Cet hymen m'est fatal, je le crains, et souhaite :
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