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Pierre Corneille - Le Cid

Et s'en fait un prétexte à ne paraître pas
Où tous les gens d'honneur cherchent un beau trépas ?

De pareilles faveurs terniraient trop sa gloire :

Qu'il goûte sans rougir les fruits de sa victoire.

Le comte eut de l'audace, il l'en a su punir :

Il l'a fait en brave homme, et le doit maintenir.

DON FERNAND
Puisque vous le voulez, j'accorde qu'il le fasse :
Mais d'un guerrier vaincu mille prendraient la place,

Et le prix que Chimène au vainqueur a promis

De tous mes cavaliers feraient ses ennemis :

L'opposer seul à tous serait trop d'injustice ;

Il suffit qu'une fois il entre dans la lice.

Choisis qui tu voudras, Chimène, et choisis bien ;

Mais après ce combat ne demande plus rien.

DON DIÈGUE
N'excusez point par là ceux que son bras étonne ;
Laissez un champ ouvert où n'entrera personne.

Après ce que Rodrigue a fait voir aujourd'hui,

Quel courage assez vain s'oserait prendre à lui ?

Que se hasarderait contre un tel adversaire ?

Qui serait ce vaillant, ou bien ce téméraire ?

DON SANCHE
Faites ouvrir le champ : vous voyez l'assaillant ;
Je suis ce téméraire , ou plutôt ce vaillant.

Accordez cette grâce à l'ardeur qui me presse.

Madame, vous savez quelle est votre promesse.

DON FERNAND
Chimène, remets-tu ta querelle en sa main ?

CHIMÈNE
Sire, je l'ai promis.

DON FERNAND
Soyez prêt à demain.

DON DIÈGUE
Non, sire, il ne faut pas différer davantage :
On est toujours prêt quand on a du courage.

DON FERNAND
Sortir d'une bataille, et combattre à l'instant !

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