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Pierre Corneille - Le Cid
Dans leur sang répandu la justice étouffée Aux crimes du vainqueur sert d'un nouveau trophée ; Nous en croissons la pompe, et le mépris des lois Nous fait suivre son char au milieu de deux rois.
DON FERNAND Ma fille, ces transports ont trop de violence. Quand on rend la justice on met tout en balance : On a tué ton père, il était l'agresseur ; Et la même équité m'ordonne la douceur. Avant que d'accuser ce que j'en fais paraître, Consulte bien ton coeur : Rodrigue en est le maître. Et ta flamme en secret rend grâces à ton roi, Dont la faveur conserve un tel amant pour toi.
CHIMÈNE Pour moi ! mon ennemi ! l'objet de ma colère ! L'auteur de mes malheurs ! l'assassin de mon père ! De ma juste poursuite on fait si peu de cas Qu'on me croit obliger en ne m'écoutant pas ! Puisque vous refusez la justice à mes larmes, Sire, permettez-moi de recourir aux armes ; C'est par là seulement qu'il a su m'outrager, Et c'est aussi par là que je me dois venger. À tous vos cavaliers je demande sa tête ; Oui, qu'un d'eux me l'apporte, et je suis sa conquête ; Qu'ils le combattent, sire ; et le combat fini, J'épouse le vainqueur, si Rodrigue est puni. Sous votre autorité souffrez qu'on le publie.
DON FERNAND Cette vieillle coutume en ces lieux établie, Sous couleur de punir un injuste attentat, Des meilleurs combattants affaiblit un État ; Souvent de cet abus le succès déplorable Opprime l'innocent et soutient le coupable. J'en dispense Rodrigue ; il m'est trop précieux Pour l'exposer aux coups d'un sort capricieux ; Et quoi qu'ait pu commettre un coeur si magnanime Les Maures en fuyant ont emporté son crime.
DON DIÈGUE Quoi ! sire, pour lui seul vous renversez des lois Qu'a vu toute la cour observer tant de fois ! Que croira votre peuple, et que dira l'envie, Si sous votre défense il ménage sa vie,
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