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Pierre Corneille - Le Cid
Et ne vous permet plus de douter de sa flamme.
CHIMÈNE Quoi ! Rodrigue est donc mort ?
DON FERNAND Non, non, il voit le jour, Et te conserve encore un immuable amour : Calme cette douleur qui pour lui s'intéresse.
CHIMÈNE Sire, on pâme de joie, ainsi que de tristesse : Un excès de plaisirs nous rend tout languissants ; Et quand il surprend l'âme, il accable les sens.
DON FERNAND Tu veux qu'en ta faveur nous croyions l'impossible ? Chimène, ta douleur a paru trop visible.
CHIMÈNE Eh bien ! sire, ajoutez ce comble à mon malheur, Nommez ma pâmoison l'effet de ma douleur : Un juste déplaisir à ce point m'a réduite ; Son trépas dérobait sa tête à ma poursuite ; S'il meurt des coups reçus pour le bien du pays, Ma vengeance est perdue et mes desseins trahis : Une si belle fin m'est trop injurieuse. Je demande sa mort, mais non pas glorieuse, Non pas dans un éclat qui l'élève si haut, Non pas au lit d'honneur, mais sur un échafaud ; Qu'il meurt pour mon père, et non pour la patrie ; Que son nom soit taché, sa mémoire flétrie. Mourir pour le pays n'est pas un triste sort ; C'est s'immortaliser par une belle mort. J'aime donc sa victoire, et je le puis sans crime ; Elle assure l'État, et me rend ma victime, Mais noble, mais fameuse entre tous les guerriers, Le chef, au lieu de fleurs, couronné de lauriers ; Et pour dire en un mot ce que j'en considère, Digne d'être immolée aux mânes de mon père... Hélas ! à quel espoir me laissé-je emporter ! Rodrigue de ma part n'a rien à redouter ; Que pourraient contre lui des larmes qu'on méprise ? Pour lui tout votre empire est un lieu de franchise ; Là, sous votre pouvoir, tout lui devient permis ; Il triomphe de moi comme des ennemis,
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