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Pierre Corneille - Le Cid
Pompe que me prescrit sa première victoire, Contre ma passion soutenez bien ma gloire ; Et lorsque mon amour prendra trop de pouvoir, Parlez à mon esprit de mon triste devoir, Attaquez sans rien craindre une main triomphante.
ELVIRE Modérez ces transports, voici venir l'infante.
SCÈNE II - L'INFANTE, CHIMÈNE, LÉONOR, ELVIRE L'INFANTE Je ne viens pas ici consoler tes douleurs ; Je viens plutôt mêler mes soupirs à tes pleurs.
CHIMÈNE Prenez bien plutôt part à la commune joie, Et goûtez le bonheur que le ciel vous envoie, Madame, autre que moi n'a droit de soupirer. Le péril dont Rodrigue a su nous retirer, Et le salut public que vous rendent ses armes, À moi seule aujourd'hui souffrent encor des larmes : Il a sauvé la ville, il a servi son roi ; Et son bras valeureux n'est funeste qu'à moi.
L'INFANTE Ma Chimène, il est vrai qu'il a fait des merveilles.
CHIMÈNE Déjà ce bruit fâcheux a frappé mes oreilles ; Et je l'entends partout publier hautement Aussi brave guerrier que malheureux amant.
L'INFANTE Qu'a de fâcheux pour toi ce discours populaire ? Ce jeune Mars qu'il loue a su jadis te plaire ; Il possédait ton âme, il vivait sous tes lois ; Et vanter sa valeur, c'est honorer ton choix.
CHIMÈNE Chacun peut la vanter avec quelque justice, Mais pour moi sa louange est un nouveau supplice. On aigrit ma douleur en l'élevant si haut : Je vois ce que je perds quand je vois ce qu'il vaut. Ah ! cruels déplaisirs à l'esprit d'une amante ! Plus j'apprends son mérite, et plus mon feu s'augmente : Cependant mon devoir est toujours le plus fort,
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