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Pierre Corneille - Le Cid

CHIMÈNE
Et la main de Rodrigue a fait tous ces miracles ?

ELVIRE
De ses nobles efforts ces deux rois sont le prix ;
Sa main les a vaincus, et sa main les a pris.

CHIMÈNE
De qui peux-tu savoir ces nouvelles étranges ?

ELVIRE
Du peuple qui partout fait sonner ses louanges,
Le nomme de sa joie et l'objet et l'auteur,

Son ange tutélaire et son libérateur.

CHIMÈNE
Et le roi, de quel oeil voit-il tant de vaillance ?

ELVIRE
Rodrigue n'ose encor paraître en sa présence ;
Mais don Diègue ravi lui présente enchaînés,

Au nom de ce vainqueur, ces captifs couronnés,

Et demande pour grâce à ce généreux prince

Qu'il daigne voir la main qui sauve la province.

CHIMÈNE
Mais n'est-il point blessé ?

ELVIRE
Je n'en ai rien appris.
Vous changez de couleur ! reprenez vos esprits.

CHIMÈNE
Reprenons donc aussi ma colère affaiblie :
Pour avoir soin de lui faut-il que je m'oublie ?

On le vante, on le loue, et mon coeur y consent !

Mon honneur est muet, mon devoir impuissant !

Silence, mon amour, laisse agir ma colère :

S'il a vaincu deux rois, il a tué mon père ;

Ces tristes vêtements, où je lis mon malheur

Sont les premiers effets qu'ait produit sa valeur ;

Et quoi qu'on die ailleurs d'un coeur si magnanime,

Ici tous les objets me parlent de son crime..

Vous qui rendez la force à mes ressentiments,

Voiles, crêpes, habits, lugubres ornements,

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