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Pierre Corneille - Le Cid
De grâce, acceptez mon service.
CHIMÈNE J'offenserais le roi, qui m'a promis justice.
DON SANCHE Vous savez qu'elle marche avec tant de langueur, Qu'assez souvent le crime échappe à sa longueur ; Son cours lent et douteux fait trop perdre de larmes. Souffrez qu'un cavalier vous venge par les armes : La voie en est plus sûre, et plus prompte à punir.
CHIMÈNE C'est le dernier remède ; et s'il y faut venir, Et que de mes malheurs cette pitié vous dure, Vous serez libre alors de venger mon injure.
DON SANCHE C'est l'unique bonheur où mon âme prétend ; Et pouvant l'espérer, je m'en vais trop content.
SCÈNE III - CHIMÈNE, ELVIRE CHIMÈNE Enfin je me vois libre, et je puis, sans contrainte, De mes vives douleurs te faire voir l'atteinte ; Je puis donner passage à mes tristes soupirs ; Je puis t'ouvrir mon âme et tous mes déplaisirs. Mon père est mort, Elvire ; et la première épée Dont s'est armé Rodrigue, a sa trame coupée. Pleurez, pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau ! La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau, Et m'oblige à venger, après ce coup funeste, Celle que je n'ai plus sur celle qui me reste.
ELVIRE Reposez-vous, madame.
CHIMÈNE Ah ! que mal à propos Dans un malheur si grand tu parles de repos ! Par où sera jamais ma douleur apaisée, Si je ne puis haïr la main qui l'a causée ? Et que dois-je espérer qu'un tourment éternel Si je poursuis un crime, aimant le criminel.
ELVIRE
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