bibliotheq.net - littérature française
 

Pierre Corneille - Le Cid

DON RODRIGUE
Et je n'y viens aussi que m'offrir à mon juge.
Ne me regarde plus d'un visage étonné ;

Je cherche le trépas après l'avoir donné.

Mon juge est mon amour, mon juge est ma Chimène :

Je mérite la mort de mériter sa haine,

Et j'en viens recevoir, comme un bien souverain,

Et l'arrêt de sa bouche, et le coup de sa main.

ELVIRE
Fuis plutôt de ses yeux, fuis de sa violence ;
À ses premiers transports dérobe ta présence.

Va, ne t'expose point aux premiers mouvements

Que poussera l'ardeur de ses ressentiments.

DON RODRIGUE
Non, non, ce cher objet à qui j'ai pu déplaire
Ne peut pour mon supplice avoir trop de colère ;

Et j'évite cent morts qui me vont accabler,

Si pour mourir plus tôt je puis la redoubler.

ELVIRE
Chimène est au palais, de pleurs toute baignée,
Et n'en reviendra point que bien accompagnée.

Rodrigue, fuis, de grâce, ôte-moi de souci.

Que ne dira-t-on point si l'on te voit ici ?

Veux-tu qu'un médisant, pour comble de sa misère,

L'accuse d'y souffrir l'assassin de son père ?

Elle va revenir ; elle vient, je la voi :

Du moins pour son honneur, Rodrigue, cache-toi.

SCÈNE II - DON SANCHE, CHIMÈNE, ELVIRE


DON SANCHE

Oui, madame, il vous faut de sanglantes victimes :
Votre colère est juste, et vos pleurs légitimes ;

Et je n'entreprends pas, à force de parler,

Ni de vous adoucir, ni de vous consoler.

Mais si de vous servir je puis être capable,

Employez mon épée à punir le coupable ;

Employez mon amour à venger cette mort :

Sous vos commandements mon bras sera trop fort.

CHIMÈNE
Malheureuse !

DON SANCHE

< page précédente | 28 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.