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Pierre Corneille - Le Cid
DON DIÈGUE Il a vengé le sien.
CHIMÈNE Au sang de ses sujets un roi doit la justice.
DON DIÈGUE Pour la juste vengeance il n'est point de supplice.
DON FERNAND Levez-vous l'un et l'autre, et parlez à loisir. Chimène, je prends part à votre déplaisir ; D'une égale douleur je sens mon âme atteinte. Vous parlerez après ; ne troublez pas sa plainte.
CHIMÈNE Sire, mon père est mort ; mes yeux ont vu son sang Couler à gros bouillons de son généreux flanc ; Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles, Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles, Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux De se voir répandu pour d'autres que pour vous, Qu'au milieu des hasards n'osait verser la guerre, Rodrigue en votre cour vient d'en couvrir la terre. J'ai couru sur le lieu, sans force et sans couleur, Je l'ai trouvé sans vie. Excusez ma douleur, Sire, la voix me manque à ce récit funeste ; Mes pleurs et mes soupirs vous diront mieux le reste.
DON FERNAND Prends courage, ma fille, et sache qu'aujourd'hui Ton roi te veut servir de père au lieu de lui.
CHIMÈNE Sire, de trop d'honneur ma misère est suivie. Je vous l'ai déjà dit, je l'ai trouvé sans vie ; Son flanc était ouvert ; et pour mieux m'émouvoir, Son sang sur la poussière écrivait mon devoir ; Ou plutôt sa valeur en cet état réduite Me parlait par la plaie, et hâtait ma poursuite ; Et pour se faire entendre au plus juste des rois, Par cette triste bouche elle empruntait ma voix. Sire, ne souffrez pas que sous votre puissance Règne devant vos yeux une telle licence ; Que les plus valeureux, avec impunité,
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