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Pierre Corneille - Le Cid
Ainsi votre raison n'est pas raison pour moi : Vous parlez en soldat, je dois agir en roi ; Et quoi qu'on veuille dire, et quoi qu'il ose croire, Le comte à m'obéir ne peut perdre sa gloire. D'ailleurs l'affront me touche, il a perdu d'honneur Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur ; S'attaquer à mon choix, c'est se prendre à moi-même, Et faire un attentat sur le pouvoir suprême. N'en parlons plus. Au reste, on a vu dix vaisseaux De nos vieux ennemis arborer des drapeaux ; Vers la bouche du fleuve ils ont osé paraître.
DON ARIAS Les Maures ont appris par force à vous connaître, Et tant de fois vaincus, ils ont perdu le coeur De se plus hasarder contre un si grand vainqueur.
DON FERNAND Ils ne verront jamais, sans quelque jalousie, Mon sceptre, en dépit d'eux, régir l'Andalousie ; Et ce pays si beau, qu'ils ont trop possédé, Avec un oeil d'envie est toujours regardé. C'est l'unique raison qui m'a fait dans Séville Placer depuis dix ans le trône de Castille, Pour les voir de plus près, et d'un ordre plus prompt Renverser aussitôt ce qu'ils entreprendront.
DON ARIAS Ils savant aux dépens de leurs plus dignes têtes Combien votre présence assure vos conquêtes : Vous n'avez rien à craindre.
DON FERNAND Et rien à négliger. Le trop de confiance attire le danger ; Et vous n'ignorez pas qu'avec fort peu de peine Un flux de pleine mer jusqu'ici les amène. Toutefois j'aurais tort de jeter dans les coeurs, L'avis étant mal sût, de paniques terreurs. L'effroi que produirait cette alarme inutile, Dans la nuit qui survient troublerait trop la ville : Faites doubler la garde aux murs et sur le port. C'est assez pour ce soir.
SCÈNE VII - DON FERNAND, DON SANCHE, DON ALONSE DON ALONSE
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