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Pierre Corneille - Le Cid

Je saurai bien rabattre une humeur si hautaine ;
Fût-il la valeur même, et le dieu des combats,

Il verra ce que c'est de n'obéir pas.

Quoi qu'ait pu mériter une telle insolence,

Je l'ai voulu d'abord traiter sans violence ;

Mais puisqu'il en abuse, allez dès aujourd'hui,

Soit qu'il résiste ou non, vous assurer de lui.

DON SANCHE
Peut-être un peut de temps le rendrait moins rebelle ;
On l'a pris tout bouillant encor de sa querelle ;

Sire, dans la chaleur d'un premier mouvement,

Un coeur si généreux se rend malaisément.

Il voit bien qu'il a tort, mais une âme si haute

N'est pas sitôt réduite à confesser sa faute.

DON FERNAND
Don Sanche, taisez-vous, et soyez averti
Qu'on se rend criminel à prendre son parti.

DON SANCHE
J'obéis, et me tais ; mais, de gràce encor, sire,
Deux mots en sa défense.

DON FERNAND
Et que pouvez-vous en dire ?

DON SANCHE
Qu'une âme accoutumée aux grandes actions
Ne se peut abaisser à des submissions :

Elle n'en conçoit point qui s'expliquent sans honte :

Et c'est à ce mot seul qu'a résisté le comte.

Il trouve en son devoir un peu trop de rigueur,

Et vous obéirait, s'il avait moins de coeur.

Commandez que son bras, nourri dans les alarmes,

Répare cette injure à la pointe des armes ;

Il satisfera, sire; et vienne qui voudra,

Attendant qu'il l'ait su, voici qui répondra.

DON FERNAND
Vous perdez le respect ; mais je pardonne à l'age,
Et j'excuse l'ardeur en un jeune courage.

Un roi, dont la prudence a de meilleurs objets,

Est meilleur ménager du sang de ses sujets :

Je veille pour les miens, mes soucis les conservent,

Comme le chef a soin des membres qui le servent.

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