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Pierre Corneille - Le Cid
J'ose m'imaginer qu'à ses moindres exploits Les royaumes entiers tomberont sous ses lois ; Et mon amour flatteur déjà me persuade Que je le vois assis au trône de Grenade, Les Maures subjugés trembler en l'adorant, L'Aragon recevoir ce nouveau conquérant, Le Portugal se rendre, et ses nobles journées Porter delà les mers ses hautes destinées, Du sang des africains arroser ses lauriers ; Enfin tout ce qu'on dit des plus fameux guerriers, Je l'attends de Rodrigue après cette victoire, Et fais de son amour un sujet de ma gloire.
LÉONOR Mais, madame, voyez où vous portez son bras, Ensuite d'un combat qui peut-être n'est pas.
L'INFANTE Rodrigue est offensé, le comte a fait l'outrage ; Ils sont sortis ensemble, en faut-il davantage ?
LÉONOR Eh bien ! ils se battront, puisque vous le voulez ; Mais Rodrigue ira-t-il si loin que vous allez ?
L'INFANTE Que veux-tu ? je suis folle, et mon esprit s'égare ; Tu vois par là quels maux cet amour me prépare. Viens dans mon cabinet consoler mes ennuis ; Et ne me quitte point dans le trouble où je suis.
SCÈNE VI - DON FERNAND, DON ARIAS, DON SANCHE DON FERNAND Le comte est donc si vain et si peu raisonnable ! Ose-t-il croire encor son crime pardonnable ?
DON ARIAS Je l'ai de votre part longtemps entretenu. J'ai fait mon pouvoir, sire, et n'ai rien obtenu.
DON FERNAND Justes cieux ! ainsi donc un sujet téméraire A si peu de respect et de soin de me plaire ! Il offense don Diègue, et méprise son roi ! Au milieu de ma cour il me donne la loi ! Qu'il soit brave guerrier, qu'il soit grand capitaine,
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